André Gounelle resitue l’affrontement traditionnel entre science et religion sur le plan de la cosmologie (récits de la Genèse vs. Galilée) et sur celui du vivant (créationnisme vs. évolutionnisme).
Quatre attitudes ont été employées pour tenter de réduire ou d’ignorer cet affrontement : la subordination, la convergence, la séparation, la correspondance.
La religion a voulu subordonner la science : c’est aujourd’hui l’attitude des fondamentalistes qui rappellent les limites de nos facultés intellectuelles et que l’Histoire est jalonnée par les erreurs successives des savants. Mais la Science a jugé la religion, soit par la réfutation, soit en écartant les éléments gênants (attitude des « Chrétiens du Sermon sur la montagne »)
Les concordistes quant à eux soulignent les convergences qui peuvent exister entre religion et science : les interprétations des textes bibliques tendent à les rendre conforme à la Science. Nous trouvons parmi eux les créationnistes, dont le discours se veut scientifique.
En revanche, des théologiens comme Rudolf Bultmann séparent science et religion entre lesquelles il y a une frontière infranchissable, des univers qui ne peuvent, pas plus « que l’éléphant et la baleine », se rencontrer. Distinction est faite entre objectivation (le domaine de la science) et existentialité (domaine de la religion) : exemple est donné du regard porté sur les yeux d’une femme par un ophtalmo ou par son amoureux.
Cette position a largement dominé le débat depuis la seconde guerre mondiale.
Cependant, cette trois attitudes sont-elles pertinentes ? peut-on réellement séparer ces domaines ? la question du sens pose aussi celle de la nature et du réel. Quant au message existentiel, il est devenu inaudible car exprimé en des termes inadéquats.
Les paradigmes scientifiques et religieux ont changé : le « nouvel esprit scientifique » (G.Bachelard) définie la science comme une tentative herméneutique, certes méthodique, mais comportant un part d’aléatoire et d’incertain ; les énoncés théologiques doctrinaux ont changé depuis deux siècles, l’idée s’étant imposée que les concepts qui ont exprimé la foi ont été forgés dans des époques et des cultures différentes des nôtres.
Nous sommes dans l’ère de la compossibilité entre religion et science.
Si la crédulité est croire contre l’évidence et la réflexion, la crédentité est une obligation logique et rationnelle de croire, la crédibilité récuse tout à la fois une foi trop rationnelle ou une foi rejetant toute raison.
Dieu est scientifiquement possible et indémontrable.
Dans un dialogue entre science et religion, il ne faut pas présenter le possible comme certain.
André Gounelle
Après des études en philosophie et théologie, André Gounelle a été pasteur à Dijon puis à Nimes et, enfin, à partir de 1970 jusqu’à sa retraite en 1998, professeur à la Faculté de Théologie Protestante de Montpellier dont il a été Doyen pendant 6 ans.
Docteur d’État de l’Université de Strasbourg, docteur honoris causa de l’Université de Lausanne et de l’Université Laval à Québec, il a publié une vingtaine de livres et environ 800 articles, et a donné de nombreuses conférences. Il est un spécialiste de la pensée protestante et de la théologie contemporaine.