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Dieu a-t-il peur des femmes ?
Ce titre - un brin provocateur - en forme de question donne le ton à la série de manifestations organisées par l'Église réformée d'Albi dans le cadre de son projet de vie.
Laurence Fouchier, pasteure et comédienne, au travers d'une série de sketches, a dressé une série de portraits de femmes de l'ancien et du nouveau testament, nous en montrant la profonde humanité et leur place essentielles dans l'histoire du salut. Loin de l'image compassée des statues sulpiciennes, Marie nous est apparue comme une mère juive, frisant la caricature par ses questions sur son fils, au travers de ses incompréhensions, mais dans lesquelles sa confiance en Dieu n'est pas remise en cause. Sarah, l'épouse délaissée, est représentée dans un émouvant portrait. Ruth à la sensualité débordante qui séduit Booz;
Ève, femme au foyer qui s'ennuie, une vraie Desesperate Houwife, nous rappelant, que nous soyons femme ou homme, que nous avons peur du Paradis.
La religion chrétienne est-elle un frein à l'égalité entres les hommes et les femmes?
Gérard Delteil, dont il n'est plus besoin de rappeler les titres, nous a conduit au travers d'une brillante conférence à une profonde réflexion sur le thème : "La religion chrétienne est-elle un frein à l'égalité entres les hommes et les femmes?". Replaçant la question dans le contexte contemporain de la recomposition des rôles sociaux après des millénaires d'hégémonie masculine et de subordination féminine: la femme est devenue citoyenne, elle a acquis liberté sexuelle, indépendance économique et autonomie sociale sans pour autant éviter l'apparition d'autres inégalités.
Des auteurs ont rappelé avec raison le rôle des religions monothéistes dans la domination masculine de l'humanité. Dans une première partie intitulée "archéologie de nos représentations", G.D. a montré cette inscription religieuse de l'inégalité. Les traditions religieuses monothéistes, en rupture avec d'autres traditions religieuses apportent un message de paix, de réconciliation et de fraternité coexistant avec le rôle différencié de l'homme et de la femme, dans lequel l'homme est prééminent. Quelque repères nous sont donnés quant à l'institution (rôles communs, et hiérarchisation différenciée: par exemple, l'homme médiateur du sacré), la représentation (le message et la pratique de Jésus née dans un communauté de disciples égaux sont altérés par une culture chrétienne patriarcale où persistent des stéréotypes), la légitimation (références à la nature, aux Écritures et/ou à la Tradition). Quant à la représentation, G.D. nous en rappelle les mécanismes: l'idéalisation de la femme (la mère, l'éducatrice), sa stigmatisation (séduite, séductrice), sa différenciation (disparité des rôles légitimant la disparité).
Une seconde partie intitulée la difficile construction de l'égalité nous a permis de nous interroger sur le rôle du christianisme quant à la construction de cette égalité. L'évolution des églises a été à la fois importante et contrastée: l'Église romaine a réaffirmé la masculinité du ministère presbytéral tout en permettant l'accès des femmes à une culture théologique de haut niveau, quant aux églises luthériennes et réformées, non sans difficultés, elles ont admis, pour la plupart, la pleine participation des femmes à tous les ministères.
En citant la théologienne radicale Mary Daly (« Si Dieu est mâle, alors le mâle est Dieu ») G.D. nous rappelle que Dieu est masculin, ou du moins qu'il est ainsi représenté. Faut-il alors croire l'affirmation de la philosophe Sylviane Agacinsky qui fait le lien entre monothéisme et domination masculine ("en sortant du pluriel on réduit tout au masculin")? On peut légitiment croire que le Dieu d'Israël, Dieu de la Parole (qui marque à la fois une relation et une distance, une relation d'altérité qui conduit à la désacralisation) va prendre cette figure masculine dans une société patriarcale.
Toutefois, l’A.T. affirme à plusieurs reprises que Dieu échappe à toute représentation.
Les théologies féministes, enracinées dans l’expérience des femmes ont des dimensions critiques et polémiques et une portée novatrice (changement de paradigme) : elles insistent sur le portée libératrice du message biblique.
Alors, comment penser un Dieu au-delà de notre langage ?
Comment sont interprétés les textes et par qui ?
Ces textes portent la marque des milieux qui les ont produits : écritures non homogènes, plurielles, en débat les unes avec les autres. Et pourtant, certains sont novateurs : par exemple le Cantique des Cantiques, dialogue de deux amants qui prennent tour à tour l’initiative. Par ailleurs, des femmes sont disciples à part entière dans l’entourage de Jésus, ou encore, rôle des femmes dans les récits évangéliques.
Les générations suivantes de communautés chrétiennes ont rapidement été rattrapées par leur culture patriarcale qui a imprégné l’interprétation des textes. D’où la nécessité de relire les textes en évitant l’écueil d’une littéralité qui fait le jeu de l’intégrisme.
Mais il s’agit également de changer les mentalités : au-delà du regard porté sur la femme ? c’est également engendrer un regard nouveau sur l’autre. Cela ne concerne pas que les églises mais également tous les lieux d’éducation : ce que l’anthropoloque Françoise Héritier appelle « l’éducation à l’altérité ».
Il faut le reconnaître, dans la nouvelle phase des relations humaines ouverte il y a quelques décennies, les communautés religieuses restent plus ou moins à la traîne.
Dieu amoureux
C’est sur ce thème qu’un troisième temps nous a été offert le 25 octobre par une célébration artistique, parcours mis en œuvre par Marion Combes où ont alterné chants, chansons de Jack Soucasse et danse, textes bibliques où au travers de la métaphore d’un rapport « amoureux » avec une femme, Dieu montre sa fidélité à l’alliance conclue avec toute l’humanité (Cantique des Cantiques, Ézéchiel 16, Psaume 139). |
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