Éditos parus dans Ensemble
JUIN 2011
L’on dit qu’un sourd peut assister à la messe sans problème, et un aveugle à un culte réformé. C’est sans doute pour cela que la télévision protestante ne privilégie guère la retransmission de culte, alors que France Culture nous permet d’entendre sans problème la Parole. Cela écrit, peut-on vivre sa foi sans rejoindre physiquement une communauté ? Une vraie communauté, non pas une communauté virtuelle (vous savez, ces « amis » que l’on collectionne sur Facebook). Louis Pernot, dans un excellent article paru il y a quelques années « Être chrétien sans église, est-ce possible ? », donne quelques bonnes raisons de ne pas se passer de toute pratique religieuse, tout en rappelant que celle-ci n’est qu’un moyen. Parmi ces arguments, tous pertinents, je retiens que « le déplacement physique [pour aller au culte] est un exercice spirituel en soi ». « L’Église peut et doit être un lieu pour pouvoir vivre une vraie solidarité et une réelle fraternité », et c’est d’autant plus important si nous sommes différents et dissemblables. L’esprit de Pentecôte n’est-ce pas un peu cela ? De vivre la communauté non comme un lieu de repli, mais bien d’ouverture, d’être capables de nous rencontrer, de nous voir (même si cette déplorable disposition des temples « en autocar » qui ne date que la seconde moitié du XIXè siècle ne favorise guère cet échange). L’Esprit est descendu à Pentecôte sur chacun, mais sur chacun en communauté.
Bernard Tournier
MAI 2011
Sans concertation préalable, Ensemble et l’Église réformée d’Albi ont choisi de débattre sur le thème de la violence. La belle série de conférences données à Albi nous a permis de réfléchir sur cette question actuelle de la violence de Dieu (et, sous-entendue, celle de la violence des religions monothéistes). On en trouvera des échos dans la rubrique « C’était bien ».J’en ai principalement retenu que la violence était propre à l’homme (et donc à toute organisation sociale, rejetant le mythe du Bon Sauvage), que la violence divine était une projection de la violence humaine, et que la colère de Dieu ne se manifestait que contre l’injustice. Violence humaine qui ne peut être combattue ni par la violence (violence que l’on justifie par la raison d’État, la croissance économique ou au titre de la Révolution), ni par la non-violence, mais par la parole et la non-vengeance. L’Évangile nous appelle à être veilleur, à ne pas rester neutre autant face aux violences structurelles qu’aux violences idéologiques, mais tout en luttant avec des moyens originaux, pour convaincre plutôt que de vaincre, pour enseigner plutôt que d’humilier, pour aimer plutôt que d’attiser les haines.
Bernard Tournier
AVRIL 2011
Le texte de la Résurrection qui nous est proposé cette année est celui de Matthieu. C’est le plus hollywoodien, dans la mesure qu’il aurait besoin d’effets spéciaux pour être représenté au cinéma : tremblement de terre (qui répond à celui évoqué lors de la mort de Jésus), descente de l’ange qui a l’aspect d’un éclair, l’épouvante des gardes…
Cela peut nous faire sourire, mais ne demandons-nous pas souvent des images fortes pour croire ? Nous réclamons des signes, voire même des preuves de l’historicité des événements bibliques, et nous nous perdons derrière ces signes sans en voir l’essentiel. Nous demandons de l’émotion, du visuel dans nos cultes, de la musique qui décoiffe, tout bonnement pour nous… rassurer et vite retomber dans le raisonnable dès le culte achevé.
Car, lorsque nous faisons mémoire de Pâques chaque dimanche, est-ce seulement une représentation théâtrale d’un événement passé, ou pour mieux comprendre ce qu’il signifie dans notre vie quotidienne ?
Bernard Tournier
JANVIER 2011
Notre deuxième volet de « Violence de Dieu, violences des hommes » va nous permettre de réfléchir sur le « Dieu violent » du premier Testament avec le regard de René Pfertzel, futur rabbin qui a vécu en Israël (voir l’encadré ci-dessous). Il nous parlera d’un épisode tiré du livre des Nombres, épisode que nous voudrions occulter (consciemment ou inconsciemment) à cause de l’image qu’il donne de Dieu. Autre regard, celui de Thomas Römer (dont on ne saura trop recommander l’excellent petit ouvrage Psaumes interdits) qu’il partagera avec nous le 25 février.
N’hésitez pas à venir, mais également à inviter largement autour de vous, amis et connaissances : nous avons tous à y apprendre, que nous soyons croyants, agnostiques ou athées, sur ces questions.
Bernard Tournier
DÉCEMBRE 2010
Le choral introductif et conclusif de l'Oratorio de Noël, suite de six cantates du luthérien Jean Sébastien Bach, est sur le thème choral bien connu de la Passion O Haupt voll Blut und Wunden (« O douloureux visage »). Il ne s'agit pas d'une fantaisie de la part du Cantor, mais cela affirme au contraire sa bonne connaissance de l’Évangile. La naissance de Jésus-Christ racontée par Luc (et citée par Bach) annonce déjà les souffrances, las angoisses, les doutes et la mort de Jésus, mais également le salut.
Michel Bertrand rappelait qu'il fallait "évangéliser les fêtes", autrement dit, plutôt que de se lamenter que Noël soit (re-)devenu une fête païenne, il valait mieux en faire connaître le sens. La joie de Noël ne peut nous faire ignorer la violence, l'injustice de ce monde, tout comme cette violence et cette injustice ne doivent nous faire oublier ce qu'a été, ce qu'est encore pour nous aujourd'hui cette Incarnation de la Parole. Dieu partageant nos joies et nos peines, notre révolte et notre reconnaissance. Noël, belle occasion pour nous, non pas de nous enfermer dans un folklore pseudo-religieux pour s’opposer à la paganisation de cette fête, mais d’annoncer ce qu’est pour nous aujourd’hui, l’incarnation de la Parole en Jésus-Christ.
Bernard Tournier
NOVEMBRE 2010
J’ai mis devant toi une porte ouverte que nul ne peut fermer (Apocalypse 3 :8)
Notre journée d’église du 28 novembre peut paraître à certains comme du folklore, ou comme un événement où nous cultiverions le coocooning écclésial ! Bref, pour être bien entre nous, alors qu’à l’extérieur le climat social se dégrade, que les lois contre les étrangers se durcissent, que les dictatures fleurissent, que l’on condamne encore à mort. Oui, nous dira-t-on, vous restez tranquillement dans votre sphère privée. Mais au contraire, si nous vivions cette journée toute entière, culte comme repas, comme une communion, où nous oserions inviter celles et ceux avec lesquels nous n’avons pas l’habitude de partager. Une « porte ouverte », une porte qui permet à chacun d’entrer, mais qui nous permet aussi de sortir.
Bernard Tournier
OCTOBRE 2010
Poursuivant son volet « ouverture à la cité » de son projet de vie, l’Église réformée d’Albi veut porter sa réflexion sur la violence, plus particulièrement sur le violence que l’on prête aux religions, voire même aux textes fondateurs comme la Bible ou le Coran. Dans cette histoire de la violence religieuse les Chrétiens (y compris les réformés) ne sont pas innocents : contre les athées, contre les « pécheurs », contre les membres d’autres religions, contre d’autres chrétiens.
Violence de Dieu ? violence des hommes ? violence des hommes attribuée à Dieu ? Il ne suffit pas de se « repentir » ou de gommer dans nos textes bibliques ce qui nous dérange (comme par exemple les trois derniers versets du psaume 137) pour éluder la question de la violence religieuse.
Le parcours proposé nous permettra, sans apporter de réponses définitives – on dit qu’un bon protestant réformé ne sait répondre que par des questions –, de mieux comprendre, à défaut de l’éradiquer, ce qu’est la violence.
Bernard Tournier
AVRIL 2010
"Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font" Luc 23:24
La question nous est posée, quand on ne se la pose pas soi-même: "Dieu a-t-il voulu la mort de son fils?". On a tenté d'échapper à cette question en accusant tout d'abord les Juifs, le "peuple déicide" avec toutes les conséquences horribles qu'a connues notre univers chrétien (occidental et oriental): expulsions, ghettos, pogroms, Shoa. Puis, plus conformément à la vérité historique, on a accusé les Romains. Mais en accusant, ne voulons-nous pas échapper à notre propre responsabilité autant collective que personnelle dans la mort de Jésus?
Je me crois sauvé parce que je suis du bon côté: je dénonce les fautes de ma classe sociale, de mon pays, je suis du côté des pauvres, des torturés, des exilés, des opprimés. Mais tout ce que je dis ou fais m'exonère-t-il de ma responsabilité? Gagnerais-je mon salut en faisant l'économie du pardon de Dieu?
Loin de m'enfermer dans une culpabilisation (voire une autoculpabilisation) stérile (de laquelle je voudrais sortir par une vaine agitation en « œuvrant »), le pardon que m'offre le Père, à la demande son fils, me donne la clef pour agir, pour savoir ce que je fais. Ce pardon est offert à tous, sans exception, et c’est pourquoi il me concerne personnellement. Alors, comme nous le rappelons lors du culte, « pardonnés et libérés, écoutons ce que Dieu nous donne la force de faire ».
Bernard Tournier
JANVIER 2010
Aimer l'Histoire, et plus particulièrement celle du Protestantisme, peut sembler avoir une attitude passéiste : car être chrétien, c'est être en mouvement. On peut éprouver un certain agacement lorsque certains rejettent tout sous le seul prétexte que cela "n'est pas moderne" ou "ne parle pas à nos contemporains"; à l’inverse, d’autres ont un attachement viscéral à des traditions qu’ils croient anciennes, mais bien souvent nées au 19è siècle, et marquées par leur temps. Aimer l’Histoire, c’est être capable de mettre en perspective, et non vouloir revivre un passé qui est définitivement derrière nous.
La frontière entre foi et culture est difficile à établir. Montrer les limites entre ce qui est vraiment fondamental dans notre foi et ce qui n'est qu'un aspect formel ou culturel est un exercice périlleux : nous avons besoin de symboles, de gestes, de lieux. Le message évangélique passe aussi par d’autres formes que celles auxquelles nous sommes habituées, tout comme l’expression de la louange. Nous n’avons pas à subir la tyrannie des modes imposées qu’elles soient d’hier ou d’aujourd’hui, mais en revanche vouloir vivre en dehors du temps et du monde, de ses cultures, c’est oublier que la parole vivante est une parole pour nos contemporains.
Bernard Tournier
OCTOBRE 2009
Les Réformés ont un rapport singulier avec l’Art, ou avec les arts. Méfiance de servir deux absolus ? Non pas qu’il n’existât point d’artistes protestants, mais les arts sont peu présents dans le cadre cultuel. Architecture dépouillée des temples, absence d’images, musique réduite jusqu’à la fin du 19è siècle au seul chant (et par l’assemblée) des Psaumes. Mais les Réformés peuvent-ils oublier que la Bible a inspiré musiciens, poètes, hommes de théâtre, peintres, sculpteurs ; qu’une parole, un témoignage, une louange peuvent être exprimés autrement que par les mots ? Notre nouvelle série de temps forts nous conduira à réfléchir sur cette relation entre l’Art et la Bible, en dehors de nos cadres ecclésiaux ou cultuels.
C’est dire que ces manifestations sont ouvertes à tous. N’oublions pas lors d’inviter largement !
Bernard Tournier
JUIN 2009
Le thème de nos prochains synodes (régional puis national) portera sur le Diaconat. Coïncidence ? le nouveau conseil presbytéral a mis dans ses priorités une réflexion sur notre propre pratique diaconale à Albi. De nombreuse personnes se sont impliquées dans l’entraide, avec efficacité et dévouement, en donnant temps et argent, au travers d’AIDER. Le conseil a souhaité que cette entraide soit mieux reconnue au sein de l’Église, en établissant bien le lien qu’il peut y avoir entre culte et diaconat, dépassant la séparation organisationnelle qu’impose la Loi de 1905. Mais aussi que nous ne soyons pas absents de la cité, des solidarités nécessaires dans un monde qui produit de plus en plus de richesse et de plus en plus de pauvreté.
Vous êtes donc conviés à l’assemblée générale d’AIDER le dimanche 28 juin à 10h15, au temple, qui débutera par le culte.
Bernard Tournier
MAI 2009
Ascension. Encore un mot piégé, quel sens a-t-il pour nos contemporains ? Ascension sociale, professionnelle ou politique ? Le « toujours plus », plus de travail, plus de revenus, plus de bonheur ! Rien ne nous arrête dans cette marche folle, à condition que nous ne soyons pas nombreux à monter. Et paradoxalement, ce qu’on appelait les « ascenseurs sociaux » ne fonctionnent plus.
Ascension. Le pont, qui permet à certains de s’arrêter quatre jours, d’avaler les kilomètres en voiture. Qu’importe alors l’origine de ce jour férié.
Ascension. Pour nous, Chrétiens, ne serait-ce que cette mystérieuse séparation de Jésus, relatée sous deux formes différente par Luc ? Pas besoin de chercher à reconstituer les faits, tout s’est passé si vite. "Il n'est plus là !". C’est aux disciples à prendre le relais, comme aujourd’hui c'est un projet pour nous. Ce que Jésus a dit, fait, montré de son vivant, reste valable au temps de son absence. Nous en sommes les témoins, nous devons être des acteurs d’espérance, et si nous ne le sommes pas, personne ne le sera à notre place.
Bernard Tournier
MARS 2009
Assemblée générale de l'église... voila qui peut sembler être un pléonasme! Si nous ne pensons l'église qu'en tant qu'institution (et elle l'est, ne serait-ce que d'un strict point de vue légal) sans voir que l'église est d'abord "assemblée" (ce qui est plus conforme à l'étymologie), nous pouvons alors avoir peu d'intérêt à venir à cette A.G. Et pourtant, c'est bien un lieu de partage, un lieu de communion fraternelle malgré la faiblesse de l’institution. L'église ce n'est pas "ils", mais "nous". Oui, il est important d'être là le 1er mars, d'autant plus nous avons à élire la moitié du Conseil presbytéral (dans lequel il y aura du "sang neuf"), mais aussi si nous voulons poursuivre ensemble cette belle et grande aventure du témoignage!
B.T.
FÉVRIER 2009
« Comme la pluie et la neige descendent des cieux, et n'y retournent pas sans avoir arrosé , fécondé la terre, et fait germer les plantes, sans avoir donné de la semence au semeur et du pain à celui qui mange … » (Ésaïe 55 :10)
Le récitatif de basse qui suit l'ouverture la cantate BWV 18 destinée au dimanche de la Sexagésime (soixante jours avant Pâques) cite textuellement ces versets d'Ésaïe. Année Calvin oblige, je ne devrais citer ni les temps liturgiques, ni même la musique de Jean-Sébastien Bach (car nous n'en déplaise, Calvin n'aimait pas la musique dans le culte, hors le chant d'assemblée, et le luthérien Bach n'appréciait guère les calvinistes).
Belle image de la Parole qu'on ne manquera pas de rapprocher de celle du prologue de Jean. Une Parole non pas figée, mais dynamique. Parole qui n’est pas monologue mais dialogue. Comment pouvons-nous alors rester figés dans nos orthodoxies, dans nos certitudes doctrinales, dans nos explications globalisantes ?
En tant que Réformés, nous ne manquons jamais avant toute lecture de la Bible de prier pour être à l’écoute de la Parole. Une des prières d’illumination reprend d’ailleurs ce beau texte d’Ésaïe : ne nous fait-il pas comprendre ce qu’est le « témoignage intérieur du Saint Esprit » ?
Bernard Tournier
JANVIER 2009
« Tout savoir par cœur, alors que le cœur ne sait plus rien ». Cette citation de Franz Leenhardt (qui fut professeur de Nouveau Testament) renvoie dos à dos ceux qui tiennent des discours savants et parfois déconcertants et ceux qui veulent tout enfermer dans des formulations doctrinales. Notre série d’animations « Dieu a-t-il peur de la science ? » nous rappelle que l’Évangile n’est pas là pour nous donner des certitudes, ni même un corps doctrinal à imposer aux autres. Dire « l’Évangile nous dit que… » est un raccourci que nous aimons employer, mais qui relève du même état d’esprit que le littéralisme que nous brocardons. Dire « l’Évangile nous dit que… » est même parfois un bon prétexte pour ne pas le lire. Nous pensons tout savoir par cœur, alors que la lecture et la méditation de la Bible, avec le cœur et avec la raison, remettent en cause nos certitudes pour nous mettre en route.
Bonne route pour cette nouvelle année.
Bernard Tournier
OCTOBRE 2008
[Jésus] ne lui répondit pas un mot; ses disciples vinrent lui demander : Débarrasse-nous en, car elle crie derrière nous. Il répondit : Je n'ai été envoyé qu'aux moutons perdus de la maison d'Israël. (Matthieu 15 :23-24)
Texte troublant, quant à l’attitude de Jésus. Attitude déroutante, par rapport à l’image que nous avons de Jésus. Nous aurions bien volontiers attribué cette façon d’agir aux disciples, et leur réaction (v.23) est conforme, si j’ose dire, à ce qu’on attend d’eux , car en d’autres occasions ils ont su écarter les importuns.
Texte troublant, qui divise les théologiens : Jésus était-il conscient dès le début de sa vocation ? La découvre-t-il petit à petit ? ou savait-il déjà, et la révèle-t-il au fur et à mesure des événements ?
Attention à nos querelles de théologiens qui enferment dans un discours sur Dieu et/ou sur Jésus. Quelles sont nos motivations profondes lorsque nous prétendons que le véritable Jésus est ceci ou cela ? Quand nous voulons établir une échelle du « jusqu’où Dieu incarné pouvait aller trop loin dans son humanité » ?
Texte troublant car pour nous aujourd’hui rien n’est jamais acquis dans ce que nous croyons être nos convictions les plus profondes si nous ne nous risquons pas à la rencontre avec les autres, celles et ceux avec lesquels nous nous sentons les plus étrangers, si nous restons sourds à toute interpellation.
Bernard Tournier
MARS 2008
Connaître le Christ ne nous installe pas dans une situation de privilégiés, les « sauvés » qui regarderaient de haut les autres. Au contraire, pour Jésus, le connaître, avoir entendu sa parole, nous rend responsables : nous avons à en répondre. Cela va si loin que nous pourrions en être scandalisés à bien l’écouter : celui qui a très mal agi mais ne connaissait pas la parole de Jésus sera bien moins puni que celui qui était serviteur du Christ et qui est simplement resté passif, n’a pas servi les hommes de son temps (Lc 12, 47-48). La grâce est une chance inouïe, un moteur pour l’existence. La laisser en jachère, ne pas la transmettre en paroles et actes, c’est la laisser nous juger, c’est en perdre toute la saveur et le bénéfice.
Françoise Pujol
JANVIER 2008
« Je sais que le Messie vient - celui qu’on appelle le Christ[…] ». Jésus lui dit : « C’est moi qui te parle » (Jean 4 :25-26)
Et si le premier apôtre était une femme ? Une femme étrangère et hérétique, cette Samaritaine qui ose aller dire aux gens de son village : « Venez voir ! Il y a là un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait ! Serait-ce le Christ ? ». D’après l’évangéliste Jean, c’est bien une femme qui fut le premier être humain à recevoir cette révélation de la bouche même de Jésus. Et c’est parce qu’elle a osé témoigner que « beaucoup de Samaritains… mirent leur foi en lui ». Une femme, étrangère, hérétique, premier relais de la transmission de la révélation. Dieu a-t-il peur des femmes ? des hérétiques ? des étrangers ? Et nous ? qui nous prétendons disciples du Christ, quelles sont nos peurs ? Ne serait-il pas temps des les exorciser ? De cesser d’exclure femmes, étrangers et hérétiques à cause de notre peur de l’altérité ? Et si cela faisait partie de nos bonnes résolutions de début d’année ?
Bernard Tournier
DÉCEMBRE 2007
Marie conservaient toutes ces choses, et les repassaient dans son cœur (Luc 2 :19)
Il n’y a guère longtemps, à l’occasion de Noël, les couvertures de nos magasines se paraient d’images représentant la crèche avec ses représentations habituelles : un Joseph âgé, une Marie tout à la joie d’être mère malgré un environnement difficile. La sécularisation de notre société a fait disparaître cette imagerie qui n’évoque plus rien à personne : la culture marchande nous a imposé le Père Noël, juste retour de paganisme après la récupération faite par l’Église d’une fête païenne. Ne nous en attristons pas : nous étouffons bien souvent l’essentiel du message évangélique par nos propres représentations : nous sommes conditionnés (et nous conditionnons les autres) par nos images pieuses, par l’atmosphère « religieuse » de nos cultes (qu’ils soient ou non joyeux). Non point qu’il faille rejeter les parts culturelle et symbolique de nos pratiques, mais faut-il encore qu’elles aient encore une signification pour aujourd’hui. C’est Marie, cette femme simple – et non la demie déesse qui compensera notre vision masculine de Dieu -, cette femme - mais non pas la seule dans la Bible - appelée à un rôle capital dans l’histoire du salut : sa vie bouleversée est pour elle un sujet de joie et de reconnaissance. Un vrai bonheur, tout simple…
Bernard Tournier
MAI 2007
Comme nous l’a rappelé lors de notre dernière assemblée générale la présidente de C.P., “nous avions le souhait de construire et mettre en place un projet, quand la décision nationale est venue, à point nommé, pour nous conforter dans notre démarche. Ce Projet a été bâti sur la concertation, l’échange, la consultation par questionnaire […], il a pu s’enrichir d’initiatives personnelles, comme la formation à la prise de parole, ou l’amélioration de la qualité des chants.” Notre assemblée générale a souhaité voir continuer l’initiative des Temps Forts, la mise en place un enseignement à la Bible, tout public, dans un lieu neutre, et le renforcement la liaison inter générations déjà bien amorcée avec le succès du Culte de Noël ou des Cultes parents/enfants. Cette dynamique doit également nous permettre de nous engager en donnant de notre temps et de notre argent: il s’agit de partage pour que nous puissions nous mettre au service de l’annonce de l’Évangile.
Bernard Tournier
PÂQUES 2007
“Je suis la résurrection et la vie” (Phil. 1:21)
Comment annoncer la résurrection à des non-chrétiens, si ce n’est qu’édulcorer nos propres angoisses devant la mort ? Comme si la résurrection n’était qu’une réponse à cette peur de notre propre finitude, une réponse parmi tant d’autres développées par d’autres religions ou d’autres philosophies. Comment éviter l’écueil de vouloir décrire et imaginer ce que pourrait être cet au-delà ? Certes, cela a pu stimuler l’imagination du peintre du Jugement dernier que nous pouvons admirer dans notre belle cathédrale d’Albi. Comment affirmer notre foi aveugle en cette résurrection, alors que les disciples eux-mêmes ont eu du mal à croire? Et si Christ ressuscité, c’était pour nous aujourd’hui Christ vivant, celui qui vient changer nos vies ici et maintenant, et qui nous permet d’annoncer sa bonne nouvelle pour que chacun puisse vivre dans la liberté des enfants de Dieu.
Bernard Tournier