Dernier volet de notre temps fort « Dieu a-t-il peur des femmes ? » la soirée du 13 mars 2008 nous a permis de rencontrer Leila Asherar, docteur en sciences de l’éducation, enseignante à l’Université Paul-Valéry de Montpellier.

 

D’emblée Leila Asherar nous invite à un parcours autour de « Femmes en Islam » en nous précisant qu’elle n’était ni théologienne, ni même croyante.

 

Elle nous présente un monde musulman pluriel. Cette diversité est due  à  la répartition géographique de l’Islam : le monde musulman se partage entre le continent arabe (Afrique septentrionale, Moyen-Orient et péninsule arabique), l’Asie du Sud-Est (Malaisie et Indonésie), l’Afrique centrale et l’Asie centrale. Dans ce monde diversifié « la place des femmes  […] n’est pas équivalent » mais il y a une référence commune au Coran.

 

Mais qu’est la Coran ? Quelle est sa nature ? Quelle est la véracité des Hadith  (les« dits du Prophète », paroles et actions attribuées au prophète Mohammed) ? Autant de questions qui se posent même à l’intérieur d’un monde musulman,  où il y a diversité d’interprétations, quand bien même si à notre époque contemporaine, c’est la fondamentaliste qui fait la une de l’actualité.

 

La place faite aux femmes est empreinte (comme nous l’avions vu avec le judaïsme et le christianisme) d’une conception propre aux sociétés patriarcales. Mais Leila Asherar d’affirmer :«  une conception de la femme qui apparaît en progrès par rapport à l’époque précédente ». La représentation coranique reste toute fois très traditionnelle : l’homme et la femme sont différents par nature, il y a donc séparation des fonctions. Par ailleurs, il y a une image idéalisée de la femme, exaltée en tant que mère. Et cette sacralisation en vient à dire que « le texte coranique vise à contrôler le corps de la femme et à l’éloigner des sphères du pouvoir ».

 

Allant au devant de nos interrogations, Leila Asherar a évoqué les versets du Coran ayant trait à la polygamie et au port du voile. Préalablement, elle nous a rappelé que dès l’établissement d’une version écrite du Coran, les interprétations ont été diverses. Si le Coran autorise la polygamie, c’est avec « de telles réserves qu’elle est presque impossible » ; quant au voile, « le hijab est un rideau qui sépare », non un vêtement. En revanche il y a cette « nécessité se vêtir convenablement, les femmes  [devant] cacher leurs atours » : ces prescriptions s’adressent par ailleurs aux femmes appartenant aux familles notables[1].

 

« Pas d’interdiction de l’instruction des filles puisque les petits enfants – garçons et filles -  apprennent le Coran ».  La question de la place des femmes ne s’est pas posée dans l’histoire de l’Islam : mais au XIXe siècle elle va apparaître au travers des premières organisations de femmes en Égypte (1895), ou en Turquie (1906). La question essentielle est alors « comment conjuguer Foi, prescriptions coraniques, nécessités de la vie moderne démocratique » : il y a « une autre lecture possible du texte religieux », mais cette nouvelle lecture reste dans « une perspective naturaliste sur la place des femmes ».

 

Aujourd’hui, le monde musulman est divisé, et l’on peut prendre l’exemple des trois États du Maghreb également influencé par le sunnisme malékite[2]. Les législations sur les femmes y sont très différentes : de la Tunisie très libérale, au code algérien de la famille (1984) autorisant la polygamie et mettant les femmes sous tutelle…  mais, paradoxalement, il y a en Algérie plus de bachelières que de bacheliers, plus de femmes que d’hommes professeurs de médecine. Autre exemple montrant cette évolution de la condition féminine en fonction de raisons politiques : Sud- et Nord-Yemen.

 

Les femmes musulmanes féministes s’interrogent sur les conditions de production du texte coranique, elles s’opposent tout à la fois à une lecture intégriste et à une lecture agnostique. Leur regard est différent de celui des féministes occidentales : la priorité est d’abord donnée à l’amélioration des conditions de vie de la population. Référence au Coran ? « le Coran n’est pas un texte prescriptif » et il vaut mieux « un choix collectif plutôt que le choix de quelques individus ».

 



[1] Leila Asherar n’en souligne pas moins ce paradoxe : aujourd’hui le voile est un signe identitaire, qui permet également aux femmes et aux jeunes filles d’affirmer leur autorité religieuse et leur meilleur respect de l’Islam que les hommes eux-mêmes.

[2] Le rite malékite a été fondé par Mâlik ibn Anas en modélisant la théorie juridique sur les coutumes médinoises au moment où le prophète Mohammad y vivait. Une place majeure y est donnée à la coutume.

 
© 2011 Église réformée d'Albi
Femmes en Islam