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JEAN 2:1-12 Les noces à Cana (Albi, 21 octobre 1999)
Premières impressions: - On a du mal à cerner le sens des paroles échangées entre Jésus et sa mère. - Pourquoi l'ordonateur du repas s'adresse-t-il au marié (v.10)? - Drôle de mariage, où le couple n'apparaît pas! - Difficile à faire passer dans des milieux touchés par l'alcoolisme (v.10)!. - Jean a noté des détails: "le 3ème jour", "6 jarres... de 2 à 3 mesures!.... - Il n'y a pas de dialogue (sauf la réponse de Jésus à sa mère) mais des paroles "juxtaposées". Une sorte de chaîne s'établit entre les personnages: la mère de Jésus le met en relation avec les serviteurs. Ceux-ci, et non Jésus, sont en relation avec l'ordonateur du repas, qui lui se tourne vers le marié. Les disciples assistent simplement (v 2) et croient (v 1 1). Les frères sont juste nommés (v 12).
Un récit symbolique:
Jean ne nous raconte pas simplement un évènement miraculeux survenu lors d'une noce. Comme tout son évangile, ce texte est symbolique, même s'il y a peut-être derrière un évènement vécu par le Jésus historique (Cana est proche de Nazareth; la famille de Jésus est invitée: sa mère et, v 12, ses frères.).
Il ne faut donc pas lire au premier degré ce texte. En revanche son sens symbolique profond est toujours vrai aujourd'hui. Le texte veut susciter notre propre réaction face à ce Jésus qui agit ici pour la première fois.
En effet, après le Prologue (1/1-18), Jean Baptiste désigne Jésus comme étant le Fils de Dieu (1/19-34). Les premiers disciples se mettent àsuivre Jésus qui s'adressant à l'un d'eux annonce: " ... tu crois. Tu verras des choses bien plus grandes." (1/50). Tout le chapitre 1 est une introduction. Notre texte suit. Il est résumé en 2/1 1: "Tel fut à Cana de Galilée, le commencement des signes de Jésus...."
Le transformation de l'eau en vin, appelé SIGNE (c'est le mot précis en grec, et non miracle) renvoie à un sens autre: c'est la fonction d'un signe. Il manifeste la gloire de Jésus et suscite la foi des disciples (v.11): 3et la vôtre, qu'en sera-t-il?" semble dire l'auteur de ce texte.
Interprétation:
Jean, avec ce premier signe, veut dévoiler l'intervention radicalement nouvelle de Dieu en Jésus et qui il est (ou en quoi il est le Verbe étenel du Prologue, le Fils de Dieu désigné par le Baptiste). Ce premier signe illustre toute l'oeuvre du Christ.
Ses caractéristiques: la surabondance, la générosité. Une mesure valant environ 40 litres, il y a donc, à la fin, entre 480 et 720 litres de vin! Ce signe est festif. Dans l'Ancien Testament la symbolique des noces désigne la fin des temps quand l'Alliance entre Dieu et son peuple sera pleinement réalisée. Dieu est l'époux, son peuple, l'épouse.
Le texte nous révèle qu'avec Jésus, les temps de la fin, temps de fête, de surabondance sont là. On est passé de la nécessité du rite, de la purification indispensable pour s'approcher de Dieu, à la venue de Dieu lui-même qui offre généreusement aux siens le vin de la fête.
Ce n'est pas par hasard que ce sont dans des jarres destinées aux purifications des Juifs que l'eau est transformée en vin. Cela signifie l'achèvement, l'accomplissement de l'Alliance entre Dieu et Israël. Six (jarres), c'est juste avant sept, chiffre de la plénitude! Notons bien que c'est l'eau elle-même (symbole de la lère Alliance) qui est transformée en vin (la Nouvelle Alliance). De même, ce sont les mêmes jarres qui contiennent le vin nouveau. Il y a une continuité entre la Première et la Nouvelle Alliance (on pense à "Je suis pas venu abolir mais accomplir" Mt 5/17).
Cela a lieu le 3ème jour (comme la résurrection!) et le 7ème si l'on suit la chronologie depuis l'apparition de Jésus au chapitre 1 (7=plénitude, achèvement) . La "mère de Jésus" (toujours nommée ainsi dans Jean) désigne symboliquement le peuple juif dans l'attente de l'accomplissement. L'heure dont parle Jésus au v.4 désigne le moment où le dessein de Dieu va S'accomplir définitivement. Les interprétations divergent sur ce v.4: Marie hâte-t-elle cette heure? Jésus est-il poussé par sa mère (qui illustre l'attente d'Israël)?
Les serviteurs obéissent à l'ordre étonnant: c'est grâce à cette obéissance pratique que la transformation de l'eau en vin a eu lieu. Le mode d'action de Jésus, qui a "besoin" des autre (de nous!) rappelle sa façon d'agir avec nous.
La mise en scène fait que l'ordonateur du repas ne sait pas d'où vient le vin. Il se tourne alors vers le marié (symbole de Dieu dans les noces) et lui dit: "Toi, Dieu, Tu agis tout autrement que les humains. Tu nous as réservé pour la fin le meilleur possible, l'Alliance de joie!". Si les fêtes humaines tournent à l'ivresse, alors on peut servir du mauvais vin, Dieu au contraire offre maintenant le meilleur aux siens. Les notations temporelles aux v 8 et 10 soulignent en effet que c'est maintenant, avec Jésus, que Dieu accomplit pleinement son Alliance: c'est un temps de joie et de surabondance. La réplique rude (?) de Jésus à sa mère, au début de la scène, veut peut-être souligner, toutefois, que ce temps de la fête doit être précédé par "l'heure" de la croix.
Pasteur Françoise PUJOL (ERF Albi),décembre 1999 |
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