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JEAN 4:1-26 (Albi, 18 novembre 1999)
UN TÊTE A TÊTE ÉTONNANT:
Il faudrait étudier l'ensemble de 4/1 à 42 qui forme un tout. Faute de temps (et ici de place!) nous étudions seulement les v 1 à 26. Il s'agit du tête à tête de Jésus et de de la "femme de Samarie" (v7). L'Evangile de Jean est spécialiste de ces rencontres et du dialogue qui suit, entre une personne seule et Jésus (Nicodème, l'aveugle de naissance...). Il ne faut pas rester au plan de l'anecdote: ces peronnages sont des types caractéristiques. Ils représentent plus qu'eux-mêmes. Ils peuvent aider les lecteurs de l'Evangile à s'identifier à eux.
Ici, la femme de Samarie est une femme, qui appartient à une ethnie caractérisée d'impure sur le plan religieux par les Juifs (leur foi et leur origine sont mêlées: ils reconnaissent seulement le Pentateuque et refusent la centralisation du culte à Jérusalem). De plus, elle a une vie affective et conjugale "déréglée" au regard de la Loi (v 1718). Elle est donc une marginale impure d'après les normes religieuses juives. De plus, un homme, en ce temps là ne devait pas aborder une femme en l'absence d'un homme de sa famille. D'où l'étonnement de la femme au v 9. Jésus bouscule des tabous très ancrés, non pour imposer d'emblée un savoir supérieur,, mais pour demander quelque chose!
Jésus a besoin d'elle. Jean souligne l'humanité réelle de Jésus: il est fatigué et il a soif. Cependant, sa demande a une valeur symbolique: Jésus n'a pas peur d'avoir recours à l'aide d'une impure (= il n'a pas peur de se souiller lui-même). Dieu, en Jésus dépasse les frontières du pur et de l'impur, décisives dans la vie d'Israël:n'oublions pas que se souiller au contact de l'impureté,, Clest se couper de Dieu. Dieu s'approche des impurs pour permettre le dépassement de ces catégories qui séparent les humains.
Le dialogue qui s'instaure est surprenant: la demande du d'épart est prétexte à une discussion à un autre niveau, symbolique. Jean joue sur les plans de compréhension différents (l'eau concrète ou symbolique), d'où les "malentendus" (v 1 1 et 14). De plus, Jésus fait émerger le problème qui est au coeur de la vie de la femme, sans la juger.
LE PUITS-LA SOURCE-L'EAU
La symbolique de l'Ancien Testament fait de l'eau, dans son aspect posifif, une image de la Loi de Dieu, "source" de vie, ou de la Sagesse de Dieu, de sa Révélation. C'est encore le symbole de l'Esprit de Dieu qui irrigue les hommes (Es;iie, Ezéchiel).
D'autre part, le puits en Samarie, à Sychar (= sans doute Sichem de l'Ancien Testament), renvoie., entre autre, a la rencontre de Jacob et Rachel auprès du puits (Gn 29/10). Les légendes juives avaient brodées sur ce sujet: Jacob, le Patriarche majeur des Samaritains, non seulement avait ouvert le puits pour le troupeau de Rachel, mais il avait fait miraculeusement monter l'eau qui s'était mise à jaillir pendant 20 ans! La femme fait peut-être allusion à cette légende populaire en répliquant à Jésus: "Serais-tu plus grand que notre père Jacob ... ? " (v 12). La suite montrera que oui!
Aux v 10, 13 et 14, Jésus explicite symboliquement, en quoi réside sa grandeur: il donne l'eau de la vie, c'est-àdire la Vie même de Dieu. L'Esprit Saint, déjà symbolisé, entre autre, par l'eau dans l'AT, est ici évoqué par Jean. Il donne la vie, il devient source inépuisable dans la personne qui le reçoit du Christ. Jésus peut donner la Vie même de Dieu, l'Esprit: il est donc Dieu! La femme ne saisit pas et reste au premier niveau réaliste. Mais ses répliques peuvent être comprise par le lecteur au second degré:"Seigneur donne-moi cette eau..." (v 15).
L'ADORATION-DÉPASSEMENT DE L'OPPOSITION JUIFS/SAMARITAINS
La réplique de la femme au v 19, entraîne le dialogue sur le plan de la pratique religieuse. La question de l'adoration est au centre (le verbe adorer est répété 10 fois).
Jésus affirme deux choses:
-un dépassement du conflit religieux entre Juifs et samaritains (qui rendaient un culte à Dieu sur le sanctuaire du mont Garizim, détruit à 'époque de Jésus).
-cependant, il affirme:" le salut vient des Juifs". Nous comprenons: Jésus est le Salut, issu du peuple Juif. Cette remarque est décisive pour la lecture de l'ensemble de Jean, qui pourrait paraître antisémite (on y voit "les Juifs" s'opposer durement à Jésus).
Le dépassement du conflit (et cela devrait être de tous les conflits religieux!) aura lieu par "l'adoration en esprit et en vérité": non par des rites, des sacrifices extérieurs, mais par une attitude de tout l'être, animée par l'Esprit, empreinte d'amour. C'est dès maintenant, avec la venue de J'ésus que cette adoration des temps de la fin peut commencer (l'heure est venue). C'est en Jésus, le seul vrai adorateur que les hommes pourront adorer comme le Père l'attend, non pas en un nouveau lieu géographique. L'adoration, "en Esprit et en Vérité" voilà notre nouvelle patrie, le lieu de l'adoration!
QUI EST JÉSUS ?
En fait, au cours de l'entretien se révèle peu 'à peu l'identité de Jésus. Le lecteur est invité à prendre position, comme la femme. Elle le reconnaît d'abord comme "prophète" (v 19), puis elle semble deviner qu'elle a affaire au "Messie" (v 25): elle utilise là le mot hébreu pour désigner le roi oint de l'Esprit Saint. Puis, elle ajoute, ilcelui qu'on appelle Christ" (c'est le même sens mais en grec: le Messie attendu par les Juifs et les Samaritains est pour tous, même les païens). "Je suis celui-là" (v 26): comme au buisson ardent, le Dieu qui s'appelle "Je suis" se révèle pleinement ici. La confession de foi s'élargit encore. Les derniers "témoins" affirment: "il est vraiment le Sauveur du monde. " (v 42). Jean nous invite à nous glisser dans la peau de ces témoins confessants!
Pasteur Françoise PUJOL (ERF Albi |
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