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JEAN 5:1-18 (Albi, 2 décembre 1999)
Un miracle et une polémique!
Au centre de ce texte: la guérison d'un homme (v 9). Les versets précédents explicitent la situation. Les versets qui suivent mettent en scène la polémique que cette guérison suscite: "les Juifs" s'opposent à Jésus parce que cette guérison a eu lieu le jour du sabbat.
L'affrontement entre Jésus et les Juifs n'est direct qu'à la fin (v 16 à 18). Le texte, auparavant, est bâti avec des chassés-croisés qui font que Jésus et les Juifs ne sont jamais face à face. Les rencontres s'organisent ainsi:
-L'homme malade et Jésus: v 6 à 9. -L'homme guéri et les Juifs: v 10 à 13. -L'homme guéri et Jésus: v 14. -L'homme guéri et Les Juifs: v 15. -Les Juifs et Jésus: v 16 à 18.
L'enjeu du débat, la source de la polémique, est cet homme qui, du coup, sert de témoin dans une sorte de procès intenté à Jésus. Est-il témoin à charge ou àdécharge? L'Evangile nous invite à nous situer nous memes.
Il faut noter que la guérison d'une personne infirme depuis 38 ans (!) passe au second plan: ce qui importe pour les accusateurs, "les Juifs", c'est que cet homme porte un objet le jour du sabbat, ce que la Loi interdit. La violation du sabbat, d'une règle religieuse, occulte l'importance d'un évènemen de guérison, de vie, de dignité humaine retrouvée! Attention, semble nous dire Jean, la pratique religieuse, le respect formel des rites et traditionspeuvent occulter l'essentiel pour Jésus: la personne humaine, sa vie, son bien-être.
L'enjeu n'est pas de croire ou pas au miracle (dans le contexte du temps des évangiles les miracles ne posent pas question) mais de nous situer: cet homme qui viole le sabbat, la Loi de Dieu, vient-il de Dieu? Pour les Juifs, c'est clair, il blasphème et mérite la mort. L'appellation "les Juifs" chez Jean correspond aux Pharisiens ou aux maîtres de la Loi dans les autres évangiles. En fait, on a un écho de l'affrontement entre les premiers Chrétiens et les Juifs, au temps ou l'Evangile est rédigé. Pour éviter tout antisémitisme, il convient de rappeler sans cesse que Jésus et les disciples sont Juifs.
La guérison et son contexte:
La piscine et la foule de malades qu'elle attire nous a fait penser à Lourdes! Nous notons que Jésus ne refuse pas d'être présent là aussi! Le v 4 qui explicite comment se passait les guérisons ne se trouve pas dans les manuscrits les plus anciens. On sait qu'il s'agissait de traditions populaires, en marge du judaisme officiel.
Le tableau est saisissant, il ressemble à tous les lieux de pèlerinage de malades: une foule d'handicapés en tout genre couchés là.
Jésus s'adresse à un seul d'entre eux. Il établit une relation personnelle. Il parle à cette personne; il l'a prend vraiment en compte. Nous avons noté l'étrangeté de la question: "Veux-tu guérir?". Et pourtant, la réponse n'est pas évidente... En fait, l'homme ne croit plus à la possibilité de guérir, car il est seul.: "je n'ai personne...". Comme partout dans toutes les sociétés, la compétition règne autour de cette piscine! Seul le premier', le pluschanceux,, le plus aidé, le plus favorisé par la vie peut s'en sortir! Jésus vient briser cette loi implacable, en S'adressant au plus démuni. Il lui donne la force de trouver en lui-même la capacité de s'en sortir grâce à sa parole.. Elle ordonne et guérit en même temps.
Le v 9 souligne l'efficacité de cette parole créatrice de vie (comme en Gn 1; voir aussi Jean 1): "aussitôt l'homme fut guéri".
"Lève toi": en grec c'est le mot de la résurrection. Les évangiles disent que Jésus a été levé d'entre les morts. Jésus rend la vie à cet homme, qui obéit littéralement à la parole de Jésus. Nous sommes appelés à transmettre un évangile qui remet debout même les plus démunis, les plus "malades"...
La polémique:
Les Juifs ne retiennent que la violation du sabbat: ficelui qui m'a rendu la santé" dit l'homme (v 1 1) et les Juifs ne retiennent que le fait qu'il a ordonné de prendre le grabat. L'identité de Jésus est inconnu des uns et des autres. Il s'est comme volatilisé discrètement. La révélation de son identité vient plus tard. Déjà le lecteur ou l'auditeur est appelé à choisir son camp: pour celui qui guérit ou contre celui qui viole les commandements de Dieu?
La deuxième rencontre de l'homme avec Jésus (au v.14), lui révèle son identité semble-t-il (voir le v.15). C'est l'occasion d'une mise en garde vigoureuse: " ... ne pèche plus de peur qu'il ne t'arrive pire encore". Le "pire encore" ne renvoie pas à une maladie (Jésus, dans Jean justement refuse le lien direct entre une maladie et une faute commise:Jean 9:1-3). Nous comprenons: pour tout homme, il y a pire qu'une maladie physique, c'est la rupture avec Dieu, le péché. La guérison physique est signe du pardon, de la relation rétablie, de la réintégration sociale (le malade, considéré comme impur est coupé de la société): à l'homme guéri de demeurer "relié" aux autres et a Dieu. Le refus du péché semble ici être de la responsabilité de l'homme. A tous les biens portants, Jésus semble dire: attention, la maladie du péché, c'est-à-dire, la rupture avec Dieu vous guette, elle est pire qu'un handicap physique!
La fin du texte révèle le point central de la polémique entre Juifs et Chrétiens au ler siècle: Jésus est Dieu. On voit ici que l'appellation "Père" dans la bouche de Jésus a un sens très fort: elle renvoie à la proclamation chrétienne de Jésus, Fils de Dieu, c'est-à-dire, Dieu lui-même. Jésus en guérissant fait oeuvre de création (v.7) comme Dieu continue de créer la vie, même durant le sabbat.
Désormais l'opposition est radicale entre Jésus et les autorités juives. Pour nous, l'enjeu est de confesser ou de refuser Jésus comme étant Dieu. C'est., en tout cas, un Dieu qui met l'humain, la vie et la guérison au premier plan que Jésus nous dévoile.
Alors que l'obéissance stricte à des lois religieuses mène à la mort (les Juifs veulent le faire périr: v.18), Jésus lui, donne la vie, relève l'homme à terre et le responsabilise. Le geste de la polémique, le malade portant son grabat, est en fait un symbole fort: Jésus nous donne la force de porter nous-même, notre handicap quel qu'il soit!
Pasteur Françoise PUJOL (ERF Albi),décembre 1999. |
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