« La prière et ses aspects pratiques » par Katharina Schächl


Avant d'entrer dans des considérations pratiques, j'aimerais poser cette question de fond : Qu'est-ce que prier ? Dire le Notre Père - oui, se retirer pour un moment de silence devant Dieu - oui, chanter un cantique - oui, réciter un psaume, oui... Mais fondamentalement, qu'est-ce que prier ? Je crois qu'on peut dire - je le dirais ainsi - que prier, c'est accepter que je reçois ma vie d'ailleurs. Accepter que ma vie n'est pas ma propre construction, qu'il y a quelqu'un, que je nomme Dieu, Christ, Saint Esprit dont la présence fait de ma vie une vie visitée. Généralement, on parle de la prière comme d'un dialogue avec Dieu. La Bible présente les choses ainsi. Mais les gens prient avant la Bible et même en dehors de tout contexte religieux. Le mot en soi n'a pas seulement une signification religieuse. Les racines de la prière humaine plongent dans la nuit des temps. Avant d'être dialogue, la prière est interpellation, interpellation qui s'adresse à quelqu'un, de manière plus ou moins confiante, de manière plus ou moins articulée. Et la prière naît au moment où l'être humain réalise plus ou moins clairement qu'il a besoin de quelqu'un, qu'il a besoin de quelque chose. C'est concret. La prière commence toujours et reste toujours attachée aux choses concrètes. Notre tendance à séparer prière pour des choses concrètes et une soi-disant « prière spirituelle » n'est probablement qu'une construction... abstraite. (Cf. Blague de l'alpiniste) L'une n'est pas meilleure que l'autre, l'une et l'autre sont expression d'une recherche, d'une prise de conscience des limites de la vie. Le Nouveau Testament nous le rappelle avec force. Les gens que Jésus rencontrent le prient d'intervenir concrètement : leur prière a rarement, rarement des aspects spirituels. Et pourtant, Jésus ne critique pas leur prière ! Il ne dit pas : « Eh bien, parce que vous me demandez de rétablir la santé de quelqu'un, ce n'est pas assez spirituel, du coup, je ne vous exaucerai pas ! » Arrêtons donc de juger ce que nous considérons comme trop « terre à terre ». Jésus ne juge pas, il accueille car il sait de quoi l'être humain est fait ! Et nous le savons trop bien : celui qui se met à surveiller sa prière pour que celle-ci ressemble le plus possible à une prière « spirituelle », purgée de tous les éléments un peu magiques, risque de trier tellement dans tous ses mots que finalement, il ne reste pas grand chose à dire. Et surtout, il est dans une perspective où il ne peut que juger la prière des autres. Non, la prière n'est pas, ou ne devrait pas être, à la marge de nos préoccupations de tous les jours. Toutes les prières qui se trouvent dans la Bible sont enracinées dans le quotidien de ceux et celles qui prient. C'est dans ce monde-ci et non dans un autre monde que nie projette ma prière.


Je disais que c'est au moment où l'être humain réalise ses limites, sa finitude, sa dépendance, qu'il commence à prier, à crier, à exprimer son besoin, sa faim et sa soif. La prière est donc liée intimement à l'humanité de l'être humain. Oui. elle est même expression de son humanité. Et en même temps, l'être humain ne peut pas prier, aussi longtemps qu'il n'a pas fait l'expérience d'une écoute. Et cela existe de ne jamais avoir été écouté... C'est un peu comme l'apprentissage de la langue. On ne parle qu'à condition d'avoir entendu parler. Ou plus exactement : on ne parle qu'à condition d'avoir été nommé. La première prière dans la Bible, c'est celle d'Abraham. Et cette prière suit la vocation que Dieu lui adresse. Ce n'est pas un hasard ! L'être humain est fait ainsi : il est un être de réponse, il n'inaugure pas. Et si quelqu'un n'arrive pas à prier, c'est peut-être à cause du doute qui s'est installé en lui, du doute qui vient de ce qu'il n'a jamais encore trouvé une oreille qui l'écoute... C'est pourquoi l'enseignement de la prière dans la Bible va de pair avec un enseignement sur Dieu, toujours! Et cet enseignement, ce catéchisme, il faut toujours le reprendre. Qui est ce Dieu à qui je m'adresse ? Si je l'imagine comme un Dieu muet qui se suffit à lui-même, impassible, immuable ; et bien, il risque de décourager considérablement ma prière ! C'est pourquoi Jésus passe son temps à dire qui est Dieu ! Les disciples ont toujours besoin de commencer par là. Nous avons toujours besoin de commencer et de recommencer par là : écouter l'enseignement de Jésus sur Dieu, son père. C'est cela qui orientera notre prière et c'est cela aussi qui va motiver notre prière.


Car l'être humain laissé à lui-même a une fâcheuse tendance à imaginer Dieu, à projeter toute sorte de choses sur lui, généralement les unes aussi fausses que les autres. Du prophète Elle jusqu'aux disciples avec leur fascination pour les meilleures places que Dieu pourrait dispenser... L'enseignement de Jésus relaté à travers les Évangiles essaie de contrer cette tendance. Tout le chemin de l'incarnation de Dieu en Jésus de Nazareth essaie de contrer cette tendance. Si nous voulons savoir quelque chose sur Dieu, dit l'Évangile de Jean en toute clarté, eh bien, il faut regarder l'homme de Nazareth. Le réformateur Martin Luther disait : « Arrête d'escalader le ciel : tu tomberas et tu te casseras le cou ! Si tu veux connaître Dieu, alors va à Bethléem, va au Golgotha, contemple la crèche et la croix ! » Et si je regarde l'homme de Nazareth, je découvre qu'il accueille toute prière avec la même sollicitude. Dans tous les Évangiles, il ne se trouve aucune prière qui soit rejetée. Cela devrait nous encourager ! Mais pourquoi aucune des prières n'est rejetée ? Je crois que. profondément, Dieu n'attend pas d'abord notre prière, mais nous. C'est-à-dire qu'il attend, qu'il espère que nous soyons présents dans notre prière, de quelque manière que ce soit. De quelque manière que ce soit. Pour le dire autrement, ce n'est pas îa prière qui est le but, c'est la rencontre avec Dieu. Et cette rencontre n'est pas seulement à l'arrivé du chemin, mais au départ. La prière, c'est le chemin, un moyen offert à l'être humain pour orienter et toujours réorienter son regard -et son cœur- sur Dieu. Mais dans la prière et par la prière, l'être humain ne rencontre pas seulement Dieu. Il se rencontre aussi soi-même. Ou pour le dire autrement : en rencontrant Dieu, il se rencontre. Comme le disait une fois quelqu'un : « On ne peut pas longtemps faire semblant dans la présence de Dieu ». Et c'est bien ainsi. La rencontre avec Dieu me rend aussi à moi-même. Il se trouve parfois que l'être humain vive non seulement éloigné de Dieu mais encore éloigné de lui-même. Et cela ce n'est pas la vie, c'est pénible, très pénible. C'est un peu comme raconte cette histoire d'un sage africain à qui on demandait la source de sa joyeuse tranquillité. Il répondait alors : « Quand je suis assis, et bien je suis assis. Quand je suis debout, je suis debout. Quand je cours . je cours. Et quand je suis arrivé, je suis arrivé. » Étonné et dérouté par la simplicité de la réponse, le visiteur reprend ; « Mais c'est ce que je fais aussi ! » « Oh non, répond le sage. toi. quand tu es assis, tu es en fait déjà debout. Quand tu es debout, tu cours déjà et quand tu cours, tu es déjà arrivé. » Être présent à moi-même, n'est donc pas forcément un état de fait. Mais pour rencontrer quelqu'un, eh bien c'est la seule solution ! La prière permet de me rendre présent à moi-même. Mais pour cela, il ne faut pas que je trie d'avance dans ce que je vais dire... Sinon, ce n'est toujours pas moi qui m'exprime mais une sorte d'idéal de moi, éloigné de moi et mes véritables préoccupations.
Je vous propose maintenant un petit parcours pour illustrer premièrement ce qui peut être un obstacle pour notre prière et deuxièmement ce qui peut être des pistes pratiques qui aident.

D'abord l'obstacle :

La question de l'exaucement

Rassurez-vous , je ne vais pas apporter ce soir une solution à ce problème que rencontrent nos prières... Mais il faut se poser la question tout de même, car elle peut empêcher tout élan. En effet, il arrive que je me dis : « Pourquoi prier si ma prière n'est pas exaucée ? » Plus d'une fois je fais l'expérience qu'apparemment, ma prière ne sert à rien. Et il faut essayer de ne pas tout de suite chercher des excuses pour innocenter Dieu dans l'affaire. Sinon, alors, on ressemble un peu aux amis de Job qui essaient par tous les moyens d'expliquer le malheur qui lui tombe dessus. Non, des « explications » comme « tu n'as pas assez prié », « tu n'a pas prié assez "fort"», «tu n'as pas dit les "bonnes paroles"»... Tout cela ne résout rien. Au contraire, tout cela enfonce celui qui prie dans le désespoir, J'ai vécu de près la maladie d'une mère de famille. Le papa, très « pieux », a recommandé à ses enfants de prier pour la guérison de leur maman. La maman est morte. Les enfants aujourd'hui vivent avec la culpabilité écrasante de ne pas avoir assez ou assez bien prier pour «sauver» leur maman... C'est terrible ! Il faut vraiment oser dire une fois pour toutes que la vie spirituelle (Dieu inclus) ne nous sert à rien dans le sens qu'elle ne résout rien, et que Dieu non plus n'est pas d'abord une réponse. Il faut toujours se souvenir que :
« Prier sera toujours : ne pas savoir qui est Dieu. C'est par des paroles faibles et discutables que nous essayons de Le nommer. Mais II n'est pas nos paroles, ni même nos noms. II n'est pas comme nous le concevons. 
Est-il grand, élevé ? Il y a toujours eu dans l'histoire de la prière des hommes pour témoigner que, appliquées au Dieu de Jésus de Nazareth, ce plus petit des hommes, toutes les grandes paroles sont définitivement trop grandes, ils osent parler de la folie de Dieu : il est humble, il est personne-ne-sait-qui. il s'est perdu comme toute semence, comme tous il est mort et n'est resté nulle part. 


Dieu est-il la lumière, la clarté du jour ? Il est obscurité, nuit profonde, vide. Il n'est pas un arbre élevé mais un faible surgeon sans forme, pas une mer immense mais un gobelet d'eau, pas une voix puissante mais un silence vulnérable.
Cela aussi est expérience de prière : prendre connaissance de la folie de Dieu, savoir qu'il n’est ni saisissable ni calculable, qu’Il est sans défense, autre, qu’Il n’est pas une réponse et ne résout rien, qu'il ne nous sert à rien — misère reste misère, nous n'allons pas mieux à cause de Lui- et pourtant. Si quelqu'un a un ami, rien n'est résolu non plus, ce qui est mort | reste mort, - et pourtant. »


« Si quelqu'un a un ami, rien n'est résolu non plus, ce qui est mort reste mort, - et pourtant. » Voilà peut-être ce que l'on peut dire : « Si quelqu'un a un ami, rien n'est résolu non plus, ce qui est mort reste mort, -et pourtant-. » Et c'est ce « et pourtant » qui motive ma prière, c'est ce « et pourtant » qui me fait avancer dans une vie spirituelle où Dieu ne fonctionne pas comme bouche-trou, mais comme « ami dans le trou ». Dans le psaume 121, on parle de Dieu comme ombre qui se tient près de moi. Il est facile de faire l'expérience : vous sautez dans un trou, et bien, votre ombre ne reste pas au bord pour vous contempler dedans. Au moment même que vous atterrissez, elle atterrie aussi. Il y a des chemins humains, des trous, des gouffres où un ami ne pourra plus vous suivre. C'est peut-être là, la différence entre Dieu et l'être humain. C'est peut-être là. une manière de comprendre sa nature divine : il n'y a pas de trou trop profond pour Lui, il n'y a pas d'obscurité trop épaisse pour Lui. Pour le dire autrement : au moment où je constate que tous m'ont abandonnée, il en reste un, Lui. « Si quelqu'un a un ami, rien n'est résolu non plus, ce qui est mort resté mort, - et pourtant ». Sur cet arrière-fond, je vous propose maintenant des pistes plutôt pratiques. Mais il fallait toute cette introduction pour ne pas laisser croire que la prière, c'est un « truc à apprendre », une sorte d'exercice dont l'être humain pourrait faire le tour, un « machin » que l'être humain apprend comme il apprend à monter à cheval, à savoir conduire une voiture, à savoir tricoter des chaussettes : tout cela est difficile, mais si on suit le guide, on y arrive, et on le sait une fois pour toutes. Voilà, la prière n'est pas cela !

Toutes ces précautions prises, on peut dire quelque piste à expérimenter seul ou avec d'autres...


a) le cadre


Dans l'histoire de l'Église, il s'est passé quelque de très fâcheux. A un moment donné, on a confiné la prière dans un Heu à part, réservée à des gens à part. Personne ne F avait décidé, cela s'est fait petit à petit: comme si on pouvait « sous-traiter » la prière... Comme si justement c'était un « truc » qu'on pourrait confier à quelqu'un et ne plus le faire soi-même. C'est comme si on disait : « Eh bien, rencontre Dieu à ma place ! » Quelle folie ! Et on s'est retrouvé avec des lieux de prière, des spécialistes de la prière, et... les autres à qui on a fait croire que, de toutes les façons, ils manquaient de temps et d'habilité et de savoir-faire. La prière c'est pour les moines, le travail et la vie quotidienne pour les autres. Est alors paru un moine qui ne pensait plus comme cela. Qui pensait que tous les chrétiens étaient des enfants de Dieu et par conséquent que Dieu les attendait au rendez-vous, tous et chacun en particulier. Ainsi tous les lieux (même en dehors des monastères et des églises, le champ et l'usine, la cuisine et partout où F être humain vit) pourraient devenir des lieux de rencontre, de prière: il avait sorti en quelque sorte la prière du monastère pour l'apporter à nouveau dans toutes les maisons. Mais longtemps avant lui. d'autres avaient déjà contesté l'idée selon laquelle la prière aurait besoin d'un cadre particulier ! Le premier c'était certainement Jésus lui-même (Voir Jean 4 : « Ce n'est ni ici. ni à Jérusalem... »)... Mais voilà l'être humain a parfois une tendance à absolutiser ses idées, les anciennes comme les nouvelles et avec cela on est à nouveau dans le faux. Du coup, en disant que la prière pouvait trouver n'importe où son lieu (ce qui est vrai), on n'a pas fait attention au fait que l'être humain a besoin d'un cadre. NON pas Dieu ou la prière, mais l'être humain qui ne peut pas se concentrer dans tous les lieux, qui ne trouve pas de mots dans n'importe quelle situation, etc. Poser la question du cadre, c'est donc aussi poser la question de ce que l'être humain est capable d'assumer. Et cette capacité varie de l'un à l'autre. Dom Helder Camara, un théologien sud-américain, résumait la question du cadre particulier de cette manière. Il disait : « Si Dieu est en effet partout et s'il peut m'entendre où que je sois, même dans le métro bruyant.., eh bien, moi, pauvre créature, je n'arrive pas à l'écouter partout ! » Le cadre -pour revenir à notre thème !- pour la prière, ce n'est donc pas un cadre théologique, mais c'est simplement un cadre humain. L'être humain a des limites dans sa capacité de s'arrêter n'importe où, des limites dans sa capacité à vivre jour après jour une fidélité sans « béquilles ». Le cadre pour la prière, c'est donc comme des béquilles, mais en sachant que l'humain restera jusqu'à la fin un être boiteux... Ces béquilles, ce sont un lieu et un temps -tout simplement, parce que l'être humain n'est pas pur esprit et qu'il a besoin de lieux et de temps, il est bon de ne pas trop changer le lieu et le temps. Non pas parce que Dieu aurait du mal à suivre ces changements, mais parce que l'humain a tendance à se perdre sans points de repères. Ce lieu peut être une chapelle, un coin de chambre, la forêt, ... l'essentiel, c'est d'y trouver un minimum de beauté et un minimum de silence aussi . Cela relève non pas de quelques considérations théologiques mais du bon sens. L'évocation du temps comprend d'ailleurs deux réalités : Le temps dans la journée (le matin, à midi, le soir...) et la régularité. Si vous êtes seul à prier, c'est peut-être cela, le plus difficile à réaliser. Et dans un monde où on vit le temps de manière assez éclaté, où chaque jour a d'autres horaires, cette régularité est encore plus difficile. 11 importe alors de ne pas exiger se soi-même des rythmes qui qu'on ne peut pas tenir. C'est frustrant et cela n'aide personne de se culpabiliser parce qu'on n'y arrive pas. On n'est pas dans un concours sportif où le plus performant gagne la médaille... On est dans un cheminement spirituel qui chercher la rencontre avec Dieu qui est toujours déjà là.


b) Comment prier ?


La prière, c'est regarder Dieu et se laisser regarder par lui. C'est être là avec Lui. Le problème de la prière solitaire, c'est qu'on ne tient pas longtemps dans le silence, les pensées vagabondent, on s'ennuie, bref, on sort plus stressé de la prière qu'on y est rentrée et la prochaine fois, on redoute le rendez-vous. C'est pourquoi, depuis la nuit des temps, l'être humain s'est muni de béquilles. Non seulement pour le lieu et le temps, mais encore pour le « comment ». Prier sans support n'est pas forcément donné à tout le monde, et d'ailleurs, c'est théologiquement parlant questionnable ! Car la prière, c'est la réponse que je donne à Dieu qui m'interpelle le premier. C'est pourquoi, il est bon de commencer avec un support qui me rappelle sa Parole. Le plus facile, c'est de prendre un texte biblique et de le lire dans cette perspective-là : Dieu essaie de s'adresser à mon cœur. Pour l'entendre, il est bien de lire à haute voix (c'est d'ailleurs une tradition dans l'histoire de la lecture qu'on oublie trop souvent ; la lecture silencieuse est une invention très tardive et en ce qui concerne le texte biblique un peu dommage !), Lire à haute voix ralentit aussi notre rythme de lecture. On peut aussi utiliser récriture pour vraiment s'imprégner de ces mots qui portent la parole de Dieu. On n'a pas besoin de calligraphier le texte. Il suffit d'écrire tranquillement. Il est bon aussi de ne pas choisir les textes au fur et à mesure. On aurait tendance à tomber toujours sur les mêmes et d'en exclure d'autres. D'ailleurs, une certaine « lecture continue » (d'un Evangile par exemple) permet aussi de découvrir le texte dans son contexte et d'éviter certains contresens qui sont faciles à faire quand on sort trop le texte de son entourage... Il est bon alors de retenir simplement une idée, ne parole de ce texte de laquelle je pourrais dire : c'est une parole que Dieu m'adresse aujourd'hui. Ma prière s'appuie alors sur cette parole. Je remercie pour elle, j'exprime à Dieu mon étonnement, la crainte qu'elle éveille en moi ou une situation qu'elle me rappelle.


Dans l'histoire de la prière, on l'oublie parfois, le chant a une place de prédilection. Il n'est pas seulement béquille, il témoigne aussi que la prière concerne tout mon corps, et qu'elle ne se passe pas dans ma tête seulement. Certains ont même dit que celui qui chantait priait deux fois... Ceci pour plusieurs raisons. Quand je chante, je ne peux pas parler aussi rapidement que quand je dis une prière. Je prends le temps pour la rencontre. Puis, le chant fait intervenir, autrement que le texte dit, mon souffle, mon corps. Et finalement (il y a certainement encore d'autres éléments que j'oublie) il ne faut pas oublier l'importance de la beauté qui aide à tenir. La prière, le rencontre avec Dieu, c'est aussi se faire du bien. La rencontre avec Dieu vise la vie, la joie, le bonheur. Dieu se réjouit du bonheur de sa créature...


c) Quelques prières


A côté de la prière qui naît de la rencontre avec le texte biblique, qui est donc une prière plus ou moins spontanée, d'autres prières existent déjà. « Elles sont des pantoufles » me disait une fois un catéchumène. Un de ces « pantoufles », offert pour qu'on se glisse dedans, c'est le Notre Père. C'est ma prière, c'est notre prière, c'est la prière de tous les jours, c'est aussi la prière que je peux dire quand il n'y a plus rien d'autre à dire. Quand je ne sais pas comment m'exprimer, il est bon de retrouver le Notre Père. Tout y est, c'est suffisant, pas besoin d'ajouter. Il y a aussi le Magnificat. Il y a aussi la prière de Siméon. Tant de prières à disposition comme des pantoufles, prêt à réchauffer nos pieds qui ont couru et qui se sont fatigués.


Je terminerai sur une autre catégorie de prière : les psaumes, Calvin trouvait qu'ils étaient tellement importants qu'il les a fait mettre en musique : tous les 150. Pourquoi ? Peut-être simplement parce que tout s'y dit. Ce ne sont pas des prières modèles, évidemment. On l'a pensée et alors on est choqué par tant de passages violents, vengeurs,... On a alors essayé de les enlever. Combien de psautiers ont des versets amputés ou alors -moins radical- des versets entre parenthèses ! Le psautier censuré, c'est la prière censurée. Dire mes sentiments de détresse, de violence, d'abandon, oui même d'orgueil, c'est un des chemins pour en prendre conscience, et -peut-être un jour- pouvoir passer à autre chose. La prière à pour but d'humaniser l'être humain. Dieu s'est fait homme pour que l'homme puisse accepter son humanité. Je peux glisser mes sentiments, mes échecs, et mes joies dans les « pantoufles » des psaumes. Cela ne sert à rien de se voiler la face. Ce n'est pas une image à l'eau de rosé que Dieu cherche à rencontrer, mais moi-même. Et je découvre alors peut-être aussi que je suis acceptée avec toute mon humanité et pas seulement avec les bouts les plus jolis. Dire ce qui m'habite, et parfois découvrir moi-même la première ce qui m'habite, c'est le travail qu'accomplissent les psaumes. Puis, et je terminerai sur cela, confier à Dieu ma colère et mon indignation évite peut-être que je passe à l'acte sans médiation de la parole. Ou comme une sœur bénédictine le formulait avec un sourire malicieux : « Si je n'avais pas les psaumes pour laisser mes sentiments de colère (parfois justifiés parfois pas), alors je bousculerai bien souvent mes consœurs dans les escaliers. Grâce aux psaumes, combien de fractures évitées... »

Je vous remercie pour votre attention.

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La prière