LE PSAUME 146

(Albi,  28 janvier 1999)

  

NOTES DE TRADUCTION

 

On ne remarque pas de grandes variantes selon les traductions, signe que le texte hébreu est assez clair. Une traduction proche de l'hébreu pourrait donner ceci, avec le découpage proposé par notre groupe:

 

 

1 Louez le Seigneur! (en hébreu: "Alléluia"!)

 

Mon âme, loue le Seigneur!

 

2 Toute ma vie je veux louer le Seigneur

 

le reste de mes jours, je jouerai de la musique pour mon Dieu.

 

 

 

3 Ne mettez pas votre confiance dans les nobles (=les puissants, les gens influents) ni en l'homme ("adam" en hébreu) qui n'a pas de salut (=qui ne peut pas sauver)

 

4 Son souffle part, il retourne à la terre ("adama" en hébreu, "adam" "vient de la "adama" et il y retourne!)

 

 

 

5 Heureux celui dont le Dieu de Jacob est le secours

 

et dont l'espérance est dans le Seigneur son Dieu.

 

 

 

Description du Seigneur en 12 points:

 

6 Il a fait les cieux et la terre, la mer et tout ce qui est en eux,(1)

 

Il est le gardien de la vérité pour toujours, (2)

 

7 Il fait droit aux opprimés(3)

 

Il donne du pain aux affamés,(4)

 

le Seigneur délie les prisonniers;(5)

 

8 le Seigneur ouvre les yeux des aveugles;(6)

 

le Seigneur redresse les courbés;(7)

 

le Seigneur aime les justes (8)

 

9 le Seigneur protège les émigrés (les étrangers sans statut juridique)(9)

 

Il soutient l'orphelin et la veuve (10)

 

mais il tord le chemin des méchants; (11)

 

10 Le Seigneur régnera toujours (12)

  

 

Il est ton Dieu, Sion, de génération en génération!

  

 

Louez le Seigneur! (Alléluia).

 

 

 

"MON DIEU", "SON DIEU" , "TON DIEU"

  

 

On trouve ces expressions aux versets 2, 5 et 10. Elles mettent clairement en évidence des parties différentes dans le Psaume.

 

D'abord, une personne seule se parle à elle-même, s'exhorte à louer Dieu: "Mon âme, loue le Seigneur!".

 

Puis, elle semble s'adresser à d'autres: "Ne mettez pas votre confiance......

 

Vient ensuite une béatitude, la dernière du Psautier, qui proclame heureux celui qui s'appuie sur Dieu.

 

Ce Dieu est alors décrit par 12 définitions (12 est un chiffre de plénitude, de totalité; par exemple les 12 tribus d'Israël, c'est la totalité du peuple).

 

Pour conclure, celui qui parle s'adresse au peuple de Dieu, sous le nom de Sion. C'est l'autre nom de Jérusalem. Il désigne ici le peuple de Dieu dont le centre est à Sion Jérusalem.

 

Le Psaume est encadré par deux Alléluia, en français: "Louez le Seigneur," Il en est ainsi pour les 5 derniers psaumes (du Ps 146 au Ps 150), qui sont des Psaumes de louange à Dieu avant tout, enracinés dans la liturgie de l'assemblée.

 

Nous avons donc noté une progression: quelqu'un parle d'abord de Dieu de façon personnelle, intime ("mon Dieu", v 2), puis il dit de façon générale le bonheur de celui qui a le Seigneur pour Dieu ("son Dieu", v 5). Enfin ceux qui écoutent sont directement interpellés: "Il est ton Dieu" (v 10). Conclusion sous-entendue: "Réjouis-toi donc!"

  

 

UN CONTRASTE TRÈS FORT

  

 

Ce Psaume chante la louange du Seigneur. Sa "valeur" est vivement mise en contraste avec celle des "nobles" et de l'homme quel qu'il soit (v 3-4). Celui qui invite à la louange du Seigneur commence par écarter vigoureusement toute confiance en l'homme. Même les puissants, les gens influents, les "huiles", ne peuvent rien. A toute époque cette affirmation remet à leur juste place tous les gouvernants et chefs de peuple! Elle nous redit qu'à tous les niveaux, aucun homme ne devrait prendre pour nous une importance absolue.

  

 

En jouant sur l'origine du mot "homme" en hébreu, le Psaume rappelle la faiblesse de tout homme qui est mortel: c'est un adam, un terreux qui vient de la adama, la terre et y retourne, ou, avons-nous dit, un poussiéreux qui retourne à la poussière!! Sa puissance n'est qu'une illusion. L'homme n'a pas le salut, il n'a pas la capacité de sauver et de se sauver.

  

 

Que signifie ici le salut? On peut penser au secours qui arrache au manque, au malheur et à la mort. Le fidèle est appelé à reconnaître que c'est le Seigneur qui le nourrit (voir Ps 104/14 et 27-28), qui lui donne la victoire (Ps 33/16-17) et le seul qui puisse l'arracher à la mort (Ps 33/18-19). C'est ce que dit la description du Seigneur en 12 points dans les versets 6 à 10.

  

 

Ainsi l'espérance en l'homme appar2Cit dérisoire. Celui qui mettrait toute sa confiance en un être humain s'appuierait sur du néant, ce serait un malheureux. Au contraire, celui dont le secours et l'espérance sont dans le Seigneur est déclaré heureux. C'est bien du Dieu d'Israël qu'il s'agit (contre les dieux des autres nations). Celui qui est heureux, c'est celui qui reconnaît dans le Dieu d'Israël son Dieu. C'est le sien, il y a une proximité, une appartenance, un lien fort.

 

  

Alors que de façon apparemment réaliste, les hommes font confiance aux pouvoirs visibles, à la force militaire, politique, à l'économie, à l'argent, le Psaume avec bien d'autres textes bibliques dit la faiblesse, l'illusion de ces soit disant pouvoirs humains. C'est en Dieu, apparemment inactif, invisible, impuissant que les hommes sont appelés à placer toute leur confiance

 

 

 

UNE DESCRIPTION EN 12 POINTS:

 

  

Une fois écartées les vaines espérances, ce Dieu, le Seigneur est décrit en 12 points (voir la numérotation en marge de la traduction, ci-dessus, à droite).

 

Le ler affirme qu'il est le créateur du monde. Le dernier proclame son règne pour toujours. Entre les deux, il n'est question que des hommes, durant 10 points! C'est comme s'il nous était redit que la création du monde, le règne de Dieu sont en fonction de nous les hommes, pour nous. Les points 2 à 1 sont "une sorte de grand programme social" comme l'écrivent les pasteurs Maillot et Lelièvre.

 

 

Comment et où s'exerce cette action du Seigneur aujourd'hui, s'est demandé notre groupe? Ou encore: les Juifs qui priaient ce Psaume dans les camps de la mort, pouvaient-ils le croire?

 

Nous avons tenté de répondre (en comprenant aussi la révolte contre Dieu ou la perte de la foi): le Seigneur agit là où des hommes agissent avec bonté, selon sa volonté. En effet, la description du Seigneur dans les versets 6 à 9, rappelle les commandements adressés au peuple dans le Pentateuque et rappelé vigoureusement par les prophètes.

  

 

Par exemple: - Le Seigneur protège les émigrés (v 9)

 

- Si un émigré vient séjourner avec vous dans votre pays, vous ne l'opprimerez point. (Lévitique 19/33).

 

On pourrait faire un tel rapprochement pour chaque point. Dieu agit là où des hommes agissent selon ce qui est juste et bon. Aussi, ce Psaume nous pousse à l'engagement, mais aussi à savoir reconnaître Dieu à l'œuvre partout où des hommes agissent en faveur des opprimés, des affamés, des faibles... La norme, les critères d'une activité juste se trouve auprès du Seigneur, et donc pour un croyant, dans sa Parole, puisqu"' il est le gardien de la vérité pour toujours" (v6).

  

 

L'activité du Seigneur est décrite positivement, sauf pour l'avant dernier point: il tord le chemin des méchants. Le méchant c'est celui qui ne tient pas compte du Seigneur, qui agit mal à l'encontre des autres. Le psaume dit sa confiance qu'il n'atteindra pas son but. Poussé à l'extrême, l'image devient positive: la route du méchant va vers le triomphe du mal, mais le Seigneur la tord et peut-être ainsi la redresse, la mène vers le bien!

  

Au-delà de l'activité bonne des hommes, qui sont "les mains de Dieu" sur terre, le croyant dit sa confiance que le Seigneur agit.

  

L'activité de Jésus nous apparaît illustrer les versets 7 à 9. D'après Luc, la première prédication de Jésus à Nazareth proclame, qu'aujourd'hui, s'accomplit la parole d'Esaïe 61, très proche de notre Psaume: "Il m'a envoyé proclamer aux captifs la libération et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer les opprimés en liberté... " (voir Luc 4/16-21). Les évangiles nous montrent l'activité bienfaisante de Jésus. Mais elle était limitée! Il n'a pas guérit tous les malades, libérés tous les prisonniers .... !

  

Ainsi, aussi bien avant la venue de Jésus, qu'aujourd'hui, celui qui proclame ce Psaume sait que le règne du Seigneur n'est pas encore arrivé à sa plénitude. Mais ce règne n'est pas non plus, seulement futur. Dans le groupe, nous avons dit que ce règne existe véritablement pour celui qui découvre le Seigneur et met sa confiance en lui. La foi, en donnant la certitude que ce règne vient en plénitude, le fait advenir ici et maintenant pour celui qui croit. Le croyant confiant est déjà libéré de la domination du mal et de la mort qu'il sait déjà vaincus en Christ ressuscité.

  

Nous avons aussi fait nôtre l'interprétation des pasteurs Maillot et Lelièvre: "Certes Dieu règne de tout temps, mais ce règne a besoin de temps pour se manifester totalement. Besoin de temps, parce que le Roi éternel a daigné avoir besoin des hommes."

  

Le règne glorieux du Christ est une espérance, une promesse qui ne méprise pas, ni ne nie pas les souffrances des hommes d'un monde où le mal semble régner, parce que ce roi glorieux est, d'abord et aussi, le roi couronné d'épines, fouetté et torturé. Il est absolument proche et solidaire de tous ceux qui souffrent.

  

 

LA LOUANGE MOYEN DE LUTTE CONTRE LE MAL

 

  

Beaucoup de psaumes sont nés sans doute du culte d'Israël. L'assemblée des croyants en louant son Dieu libérateur et en proclamant son règne défie le mal. C'est un acte de courage, de confiance et un acte mobilisateur que de proclamer dans un monde où l'injustice et la violence semblent l'emporter que le Dieu juste et miséricordieux, infiniment "humain" règne et règnera pleinement.

  

La fin du Psaume nous invite à reconnaître ce Dieu comme le nôtre: Il est ton Dieu. Et cela de génération en génération. Nous avons souligné que cette expression dit bien que c'est vrai, toujours, cependant pas de façon abstraite, mais par rapport aux hommes existant, qui croient en ce Seigneur.

 

Le dernier mot du Psaume, trop répété peut-être, "alléluia!", "louez le Seigneur!" est-il réellement mis en pratique, dans notre prière personnelle, dans nos cultes? Proclamer et affirmer le règne bon et juste du Seigneur est pourtant la grande force qui nous est donnée pour œuvrer sans nous décourager à l'avancement de ce règne.

 

Pasteur Françoise Pujol

© 2011 Église réformée d'Albi
Psaume 146