LE PSAUME 1

(Albi,  11 février 1999)

 

 

HEUREUX!

 

Ce Psaume, et avec lui, tout le livre des Psaumes, s'ouvre avec une béatitude. C'est une formule de bénédiction: le Seigneur déclare et rend heureux celui à qui il adresse la béatitude. Qui est-il ici? C'est "l'homme qui..." Cet homme est d'abord défini par trois négations:

-qui ne va pas dans le plan (dans le conseil) des méchants (des impies)

-qui dans le chemin des pécheurs ne s'est pas tenu debout

-qui dans l'assemblée assise des moqueurs ne s'est pas assis.

 

Une progression se fait nettement sentir: aller ou marcher dans la première définition, puis s'arrêter (se tenir) et enfin s'asseoir carrément! Ces images évoquent bien l'entraînement toujours plus profond vers le mal. Méchants, pécheurs, moqueurs désignent des attitudes proches. Il s'agit de ceux qui refusent le Seigneur, ne tiennent pas compte de sa Parole et agissent en opposition à celle-ci. Ils sont désignés au pluriel. L'homme du verset 1 se trouve seul face à de nombreux méchants, pécheurs, moqueurs qui forment une assemblée. L'individu est interpellé personnellement. Même face à une cohorte d'opposants ou d'indifférents à Dieu, il est appelé à avoir personnellement une autre attitude, à ne pas se laisser entraîner.

 

A partir du verset 2, l'homme déclaré heureux est défini positivement. Littéralement le texte dit:

Mais dans la Loi (la Torah) du Seigneur son plaisir

sa Loi (sa Torah), il murmure (récite) le,jour et la nuit.

 

Tout ce verset dit le plaisir, la relation aimante entre cet homme et la Parole du Seigneur. Le mot Loi en français donne une image négative de la Torah, qui est la Parole de vie, par laquelle Dieu nourrit, éclaire, conduit ses fidèles. La notion de plaisir, de bonheur est première ici. Pourquoi l'homme ne s'aventure pas dans les attitudes d'opposition à Dieu? Parce que dans sa Parole, il trouve le bonheur! Elle l'imprègne à tout moment. Toute son existence en est pénétrée. C'est ce que dit la deuxième partie du verset.

 

Le verbe murmurer désigne une lecture à haute voix, méditative de la Parole. On peut traduire aussi il récite. Cette action a lieu le jour et la nuit : c'est une image pour dire que la Parole de Dieu est intériorisée. Elle transforme et éclaire tout moment de l'existence. Cela nous a fait penser à la promesse du prophète: "je déposerai ma Torah au fond d'eux-mêmes, je l'inscrirai dans leur être" (Jérémie 31/33).

 

L'attitude de l'homme était préconisée par Josué (avec les mêmes mots exactement que ceux du Psaume 1):

 

"Ce livre de la Loi (Torah) ne s'éloignera pas de ta bouche; tu le murmureras jour et nuit afin de veiller à agir selon tout ce qui s'y trouve écrit, car alors tu rendras tes voies prospères, alors tu réussiras." (Josué 1/8).

 

L'ARBRE FRUCTUEUX

 

"...alors tu réussiras" disait Josué. C'est ce qui arrive à l'homme: "tout ce qu'il fait réussit". Ceci est exprimé par la métaphore de l'arbre.

 

Celui-ci est planté, près d'un canal. Il est suggéré qu'il y a une action extérieure, un soin donné à cet arbre qui ne pousse pas naturellement. Il est placé près d'un canal d'irrigation. Il en est de même pour l'homme qui intériorise et suit la Parole du Seigneur: grâce à cet apport extérieur, il peut donner du fruit. Ce n'est pas la nature d'elle-même qui produit: l'arbre, l'homme, a besoin d'être transplanté par Dieu près de l'eau, de la Parole. Dieu plante l'homme sur une "nouvelle terre" arrosée par sa Parole.

 

Alors la production est assurée! En temps voulu (il donne son fruit en son temps) et dans la durée (le feuillage ne se flétrit pas).

 

Mais que signifie: tout ce qu'il fait réussit ? La réalité ne dément-elle pas cela? C'est toute la question de l'échec et de la souffrance du juste, du fidèle à Dieu. D'autres Psaumes qui suivent celui-ci poseront cette question scandaleuse. Il faut comprendre, et croire, cette réussite du fidèle au-delà des possibles échecs et souffrances. L'itinéraire de Jésus nous éclaire sur ce sujet: il semble ne pas réussir sa mission qui s'achève lamentablement sur la croix. Mais au-delà de cet échec, sa résurrection et sa glorification témoignent de cette réussite dont parle le Psaume 1.

 

Nous avons évoqué un texte proche, mais plus nuancé: Jérémie 17/5 à 8. Dans ce texte, l'homme qui compte sur les mortels, et non sur Dieu, tel un arbuste de la steppe, ne peut tirer aucun partie des bonnes choses qu'il reçoit. Au contraire, l'arbre qui est planté près du cours d'eau de la Parole, malgré les épreuves, la sécheresse, continue à fructifier.

 

LE JUGEMENT COMME RÉVÉLATEUR

 

Le texte hébreu souligne le contraste entre les méchants et l'homme qui est comme l'arbre. Lui, il réussit tout ce qu'il fait: "Pas ainsi pour les méchants!" dit le verset 4. Il n'en est pas de même pour eux!

 

Autant l'arbre donne une image de solidité, autant l'image employée pour les méchants souligne leur inconsistance: ils sont comme de la bale que le vent emporte! Le vent ou l'esprit est le même mot en hébreu. Inutiles et inconsistants, lors du jugement, souvent représenté par la moisson, les méchants, ceux qui n'ont pas fait cas de la Parole du Seigneur, disparaîtront comme de la bale au vent.

 

A la fin du Psaume le contraste se situe entre les méchants ou pécheurs d'une part et les justes de l'autre. Les uns ne se lèveront pas . Les autres formeront l'assemblée des justes. Alors qu'au début, il était question d'un homme, apparemment seul face à un groupe d'adversaires du Seigneur qui pouvaient l'entraîner, il est maintenant question de toute une assemblée de justes.

 

Il n'est pas dit que le Seigneur condamne ou châtie les pécheurs, mais que le chemin des méchants se perd. Le chemin, image de la vie, s'il n'est pas fondé en Dieu est amené à disparaître, de lui-même. En opposition, le Seigneur connaît le chemin des ,justes . Ce verbe connaître a un sens très fort en hébreu. Il désigne notamment la relation conjugale. Ici, il dit la proximité du Seigneur avec ceux qui sont appelés,justes. C'est grâce à cette proximité aimante que ceux-ci sont assurés que leur chemin ne périra pas.

 

L'HOMME ET LES JUSTES

 

Quel est l'homme qui met ainsi tout son plaisir dans la Parole, la volonté du Seigneur, sinon Jésus? L'Ancien Testament appelle tout homme du peuple élu, et même au-delà, à être cet homme fidèle. Le Nouveau Testament met en évidence que nul ne peut l'être en plénitude sinon Jésus. Dans cette perspective, les justes de la fin du Psaume sont ceux que l'unique Juste justifie par grâce et à qui il donne par l'Esprit-Saint de porter des fruits.

 

Le Psaume continue de mettre en garde: il est un moment de vérité (le "jugement") qui est en fait un révélateur de la valeur d'une vie. Loin de l'amour, qui résume toute la Torah d'après Jésus, coupée de la source de l'amour, une vie se révèle vide, il n'en reste rien.

 

Pasteur Françoise PUJOL (ERF Albi)

© 2011 Église réformée d'Albi
Psaume 1