LE PSAUME 23

(Albi,  11 mars 1999)

 

 

EN COMMENCANT PAR LE COEUR!

 

Au centre de ce Psaume si connu, et donc à redécouvrir, se trouve une affirmation: "Tu es avec moi". Or, c'est là que surgit la prière. Auparavant celui qui s'exprime parle de Dieu (il est mon berger, il me conduit ... ). Maintenant il parle à Dieu, en lui disant: "tu". La parole directement adressée à Dieu, la prière, donc, jaillit au coeur de l'épreuve: "Même si je marche dans la vallée de l'ombre de la mort, je ne crains aucun mal car tu es avec moi."

 

Cette prière est donc un cri de confiance. Tout ce Psaume, d'ailleurs, est un Psaume de confiance. Cependant, le mal n'est pas oublié, occulté. Au contraire, il apparaît comme une épreuve radicale, mais surmontée grâce à celui qui accompagne le croyant. Il y a la traversée de "la vallée de l'ombre de la mort" qui peut figurer symboliquement toutes les agressions du mal, y compris, mais pas seulement, la mort.

 

Les commentateurs juifs ont noté qu'il nous est dit là quelque chose d'extraordinaire: le Seigneur serait même présent dans le séjour des morts! Chose inouïe, impensable pour la pensée de l'Ancien Testament. Le séjour des morts est justement le lieu où Dieu n'est pas! L'amour et la fidélité du Seigneur envers les siens sont donc fortement mis en valeur ici. Même dans la mort, le Seigneur n'abandonne pas les siens... Le Nouveau Testament témoigne en pleine clarté de ce qui est pressenti ici, dans la prière.

 

LE SEIGNEUR-BERGER

 

La comparaison avec le berger (le Seigneur) et sa ou ses brebis (le fidèle ou l'ensemble du peuple d'Israël) s'étend des versets 1 à 4. Ensuite on passe à l'image de l'hôte qui accueille chez lui.

 

Le berger dans le contexte du proche orient ancien est une figure royale. Le roi est le berger de son peuple quand il accomplit bien sa triple mission: guider, nourrir et protéger son peuple. Le Seigneur apparaît comme le Roi idéal qui guide (v 2-3), nourrit (v 1-2) et protège (v 4) parfaitement son peuple Israël. Au passage, notons que le "je" dans ce Psaume peut d'abord être lu collectivement. C'est tout le troupeau, tout Israël qui parle de son Berger ou à son Berger.

 

L'image du Dieu-Berger évoque très nettement l'Exode, où Dieu a guidé son peuple au désert comme un berger son troupeau. En Dt 2/7, on trouve des expressions très proches de notre Psaume pour évoquer la marche d'Israël au désert: " ... voilà quarante ans que le Seigneur est avec toi et tu n'as manqué de rien".

 

Ce Psaume est donc d'abord une déclaration de foi très ferme et exclusive: "Mon berger, c'est le Seigneur!" devrait-on traduire. C'est à dire, mon roi, mon guide, mon protecteur, c'est lui, et non les autres dieux, les idoles ou un roi humain.

 

Oui, c'est vraiment un berger idéal! Dans un pays de steppes desséchées, ce Berger conduit dans de "verts pâturages". Le troupeau s'y couche (v 2): abondance et repos sont évoqués. De même le pluriel "les eaux" évoque l'abondance. De plus se sont "des eaux de repos", pour évoquer encore le bien-être procuré par l'excellent berger.

 

Il faut souligner l'importance pour Israël de rattacher la nourriture et la boisson au Seigneur. Une fois arrivé en Palestine, les dieux de la fertilité et de la pluie (les baals) furent des concurrents redoutables. Le peuple voulait bien croire au Dieu des ancêtres, celui qui les guida au désert, mais aussi sacrifier aux dieux locaux qui assuraient la production agricole. Non, dit le Psaume, le Seigneur, lui seul nourrit, et très bien, Israël! "Je ne manque de rien" peut-il dire!

 

Plusieurs verbes indiquent la fonction de guide. Au v 2, "près des eaux du repos il me conduit": ce verbe en hébreu évoque le berger marchant devant son troupeau. Au v 3: "il me guide dans des chemins de justice", c'est-à-dîre, il me montre le droit chemin, la façon de vivre qui mène au bonheur. L'idée de justice évoque "ce qui convient", "qui est bien adapté".

 

Juste avant (à la fin du v 3), on peut traduire de deux façons: soit, il me ranime (il fait revenir mon âme, ma vie), soit il me ramène (il me fait revenir). On peut donc comprendre à la fois, que le berger redonne vie et force à son troupeau ou à sa brebis épuisé(e) en la nourrissant et l'abreuvant, et qu'il la ramène dans un bon chemin quand elle s'égare.

 

On remarque à ce propos que la première fois où il est dit "je marche" et non plus "il me conduit" la brebis se retrouve dans la vallée de l'ombre de la mort. Y est-elle allée toute seule? Peut-être! Mais en tout cas, aussitôt vient la certitude rassurante: le berger y est lui aussi présent!

 

L'image du berger se termine avec la fin du v 4: "Ton bâton et ta houlette, eux, me consolent". Il s'agit d'une part du gourdin pour écarter les bêtes fauves et de l'autre du long bâton qui sert à ramener la brebis qui s'écarte. Le verbe évoque un acte du salut, par exemple quand le Seigneur met fin à l'exil de son peuple à Babylone: "Consolez, consolez mon peuple" (Es 40/1). On devrait plutôt traduire: "Annoncez à mon peuple son rétablissement!". Ici, de même la brebis (ou le troupeau) échappe à un grave danger. Elle/il est sauvé(e) par son berger. Mais elle/il ne voit et ne perçoit de sa hauteur que les bâtons. Cependant derrière eux, elle/il sait qu'il y a son Berger!

 

L'HÔTE GÉNÉREUX

 

Maintenant, le Seigneur est représenté par une personne qui invite généreusement à sa table L'invité est reçu somptueusement comme l'indique, là encore, la surabondance (la coupe déborde!). La graisse et l'huile sont signes de joie et de prospérité. Il est écrit littéralement: "Tu as raissé avec l'huile ma tête". L'image évoque l'onction d'huile parfumée sur la tête de celui que l'on invite à sa table, en signe d'accueil bienveillant. Cependant le verbe employé est unique dans l'Ancien Testament à propos d'un homme. On n'a pas les verbes oindre ou verser, habituellement utilisés, mais graisser avec l'huile, expression réservée ailleurs aux offrandes végétales offertes en sacrifice! Le texte, en arrière plan, semble indiquer un acte étonnant, où une personne est comparée aux offrandes végétales.

 

Ce repas a lieu devant les persécuteurs de celui qui parle. C'est une façon de dire que ces ennemis ne sont plus à craindre, qu'ils sont vaincus ou du moins maîtrisés et peut-être invités eux-même en signe de réconciliation? On ne note aucune animosité ou imprécation contre eux dans ce Psaume.

 

LA MARCHE, ET SON BUT

 

Après le temps d'arrêt chez l'hôte généreux, on retrouve des verbes indiquant un déplacement. Si on étudie dans le reste de l'AT le sens du verbe utilisé au début du v 6, il est clair qu'il faut traduire: "Oui, bonté et fidélité me poursuivent" et même, "me persécutent", "me pourchassent". Désormais, plus d'ennemi, mais seuls la bonté et l'amour Fidèle de Dieu talonnent son peuple!

 

Alors que le verbe "guider" au v 3, évoquait la marche du berger à l'avant de son peuple, nous le trouvons ici veillant à l'arrière. Le Seigneur entoure de sa bienveillance son peuple ou le fidèle de toute part et cela constamment, "tous les jours de ma vie".

 

Le v 6b peut être traduit de deux façons selon la façon dont on vocalise le texte hébreu. Soit "je reviens", soit "jhabite dans la maison du Seigneur". Si le verbe revenir est retenu, on peut penser à une évocation du retour de l'Exil à Babylone (on date souvent ce Psaume de cette époque à cause de cet argument). Israël sauvé (le verbe du v4b est celui qui ouvre le Ilème Es;iie: Es 40/1) est ramené par le Seigneur dans un nouvel Exode vers la Terre Promise et la Maison du Seigneur à Jérusalem.

 

On peut aussi traduire "j'habite" ou "j'habiterai". C'est le voeu du fidèle (voir Ps 27/4) pour vivre dans la proximité aimante du Seigneur. Cette Maison c'est d'abord le Temple, mais on peut la comprendre de façon symbolique: vivre dans la communion avec le Seigneur. Cette communion est dite sans fin: "pour la durée des jours", "pour toujours". Le Psaume ouvre une perspective de durée illimitée qui prend pour nous tout son sens avec la victoire du Christ sur la mort.

 

Pasteur Françoise PUJOL (ERF Albi)

© 2011 Église réformée d'Albi
Psaume 23