LE PSAUME 24

(Albi,  17 décembre 1998)

 

COMPRÉHENSION DU TEXTE

 

Seule une partie du v 4 peut poser problème. Le texte hébreu massorétique dit littéralement: ... qui ne lève pas mon âme vers le mal. Mais d'autres manuscrits, ainsi que les traductions anciennes ont: son âme. En partant de la première lecture, on peut comprendre: " qui ne se sert pas de Dieu pour le mal ". Âme, en hébreu, désigne en effet la personne, la vie. En lisant "son âme", on peut traduire: "qui ne tend pas vers le mal".

 

Plus précisément le mot traduit ici par mal, signifie: rien, vanité, inconsistance.

 

QUELLE PEUT ÊTRE L'ORIGINE DE CE PSAUME?

 

Il se présente comme un dialogue. Le v.3 oriente vers l'idée d'un pèlerinage. On peut ainsi supposer un enracinement liturgique: des choeurs se répondent, ou l'assistance dialogue liturgiquement avec un prêtre ou un lévite. Ce Psaume serait donc une liturgie de procession.

 

Les commentateurs l' associent généralement à une entrée de l'arche de l'alliance à Jérusalem. Le v.7 "... qu'il entre le roi de gloire" désignerait dans ce cas l'arche, "lieu" symbolique de la présence du Seigneur. De plus, les précisions du v.8 sur la vaillance guerrière du Seigneur, correspondent bien à l'arche qui était avec Israël dans les combats. La montagne du Seigneur (v.3) désignerait alors le mont Sion, Jérusalem, le lieu saint par excellence choisi par le Seigneur pour y résider.

 

L'origine supposée, la plus ancienne, associe ainsi ce texte à l'entrée de l'arche à Jérusalem, au temps du roi David (voir le récit de 2 Samuel 6). D'autres commentateurs plaident pour une époque plus récente: entrée de l'arche dans le Temple à l'époque de Salomon, pèlerinages ultérieurs commémorant l'entrée de l'arche à Jérusalem, fête des tabernacles, fête célébrant la royauté du Seigneur....

 

DES PARTIES BIEN DISTINCTES, MAIS UN TOUT COHÉRENT!

 

On distingue facilement trois parties:

 

-v.1-2: une proclamation, une déclaration de foi dans le Dieu créateur.

 

-v.3-6: dialogue sur le thème: Qui peut s'approcher du Seigneur?

 

-v.7- 1 0: dialogue liturgique "des portes", pour l'entrée du Seigneur.

 

Notons que la lère partie affirme que tout lieu de la terre est au Seigneur. Dans la 2ème, il est question pour l'homme de se diriger vers un lieu spécifique où se tient ce Seigneur. On pense au sanctuaire (soit la tente mobile, soit ultérieurement le Temple). La 3ème partie, bouscule à nouveau ces conceptions topographiques: celui vers qui on se dirige, selon la 2ème partie, est en fait lui-même en train d'entrer avec les hommes!

 

Ainsi plusieurs modes de présence, plusieurs conceptions théologiques de la présence du Seigneur, sont présentées de façon complémentaire.

 

Un lien peut également être établi entre ces parties autour du thème de la royauté du Seigneur.

UNE ROYAUTÉ A PLUSIEURS ASPECTS

 

-v 1-2: Le Seigneur est le propriétaire de la terre (v.1), car il en est le créateur (v.2). Les mers et les flots représentent les forces du mal, du chaos maîtrisées lors de la création. Selon l'imagerie du Proche-Orient ancien, la terre, telle une galette, repose sur de l'eau. La stabilité (v.2b) signifie que le Seigneur est le garant fidèle contre le chaos. Il est non seulement créateur au départ, mais aujourd'hui encore il exerce une activité positive. La création est une victoire définitive (par opposition aux mythes des peuples voisins où le dieu-roi, chaque année, selon le cycle de la nature est détrôné, puis ré intronisé). Le Seigneur est définitivement Roi, maître de toute chose. Le ton dominant est la confiance.

 

Cette déclaration de foi, brève mais très affirmative, telle une acclamation, rappelle que tout ce qui peuple la terre est à lui, tout homme notamment.

 

-v 3-6: Maintenant se pose la question: parmi tous ces hommes qui sont au Seigneur, qui, au singulier pourra se tenir en sa présence?

 

La réponse renvoie à l'éthique. Il est intéressant de noter que l'activité cultuelle (pèlerinage, liturgie) renvoie immédiatement à un comportement. Comme l'écrivent les Pasteurs Maillot et Lelièvre: "En Israël le culte"explose" toujours dans le profane".

 

Alors que toute chose, tout être appartiennent au Seigneur, l'homme est responsable. Dieu, dans le culte, veut le bénir, lui accorder la justice (comme un don: Dieu veut le déclarer juste), mais il lui rappelle ses exigences pour sa vie quotidienne. L'homme doit veiller sur ses mains, son coeur, sa bouche pour ne pas faire de tort à son prochain. C'est ainsi qu'il "cherchera" Dieu.

 

Alors que l'on vient de proclamer la royauté du Seigneur s'exerçant sur tout homme, il apparaît ici que l'homme peut par son attitude "amoindrir" cette seigneurie, désobéir. D'où, ici, cet appel à une attitude éthique responsable.

 

Dans la question au v.3, se trouve une progression. D'abord, "qui montera?" puis, "Qui se tiendra?". Il ne suffit pas de "s'élever", mais aussi de pouvoir "demeurer", "tenir" dans le lieu saint, c'est-à-dire en présence du Seigneur.

 

Le v.6 souligne que la "montée vers Dieu", qui renvoie à un comportement éthique (v.4) , reste toujours une quête: Israël est défini comme celui qui cherche le Seigneur, et non comme celui qui le possède.

 

Le ton est polémique, par rapport aux dieux des nations: c'est Israël, et lui seul qui cherche le Seigneur. Et, c'est lui, le Seigneur, qui lui "donne la bénédiction" et "la justice".

 

La traduction grecque (la Septante) a ajouté au titre: "Pour le premier jour après le sabbat", c'est-à-dire pour le premier jour de la semaine. Le Pasteur D. Bourguet souligne qu'alors, les conditions éthiques posées au v.4, sont comme un programme pour toute la semaine, un chemin proposé, et non des exigences qui, au moment d'entrer, barreraient la porte au pèlerin!

 

-v7-10: Après un temps de pause indiqué dans le texte, commence le dialogue devant les portes. Par deux fois les portes sont interpellées. S'agit-il des portes des remparts, puis des portes du sanctuaire? Cela pourrait expliquer la répétition avec de légères variantes. Chaque fois un groupe s'étonne et interroge e sur l'identité du "roi de gloire" méconnu. En réponse, le nom propre de Dieu, imprononçable, puisque sans voyelle, est donné. Son identité est précisée par des adjectifs faisant allusion à sa vaillance guerrière. Celui qui entre à Jérusalem est le Seigneur victorieux dans les combats. Ces détails accréditent l'hypothèse d'un enracinement primitif à l'époque de l'entrée de l'arche à Jérusalem, après les victoires militaires de David Le dialogue liturgique peut rappeler les questions des habitants de la ville conquise par David.

 

La répétition du verbe "élever" à l'impératif (aux v. 7 et 9) suscite une image de grandeur. Même les honorables anciennes portes sont trop petites pour accueillir le roi de ,gloire! Sa majesté et sa grandeur sont ainsi proclamées.

 

RELECTURES CHRÉTIENNES

 

Tout en conservant ce qui vient d'être dit, le Nouveau Testament nous incite à répondre que seul Jésus peut "se tenir dans le lieu saint" (v.3) car lui seul est "l'homme aux mains pures..." (v.4). D'ailleurs, il déclare à son tour, "heureux les coeurs purs" (Math 5/8).

 

Il est le roi de gloire, qui dans l'humilité entre à Jérusalem, puis dans le Temple, au milieu des pèlerins, le jour des Rameaux. Sa royauté glorieuse passe par la croix.

 

Pasteur Françoise PUJOL (ERF Albi

© 2011 Église réformée d'Albi
Psaume 24