LE PSAUME 34

(Albi, 22 octobre 1998)

 

 

 

Quelques remarques de traductions :

 

 -au v 3 selon les traductions : "humbles", "malheureux". C'est un mot très proche, de la même racine au v 7. En hébreu, ces mots évoquent "celui qui est désemparé, troublé, humilié, pauvre". C'est la figure d'un "petit" qui apparaît souvent dans les Ps. Il se tourne vers Dieu, attend tout de lui. C'est le cas ici, notamment au v7. Nous avons rapproché cette attitude de celle des "pauvres en esprit" des Béatitudes (Math. 5/3).

 

 -au v 6, "ceux qui ont regardé vers lui sont radieux" ou "sont rayonnants de joie". Ces traductions ne suivent pas l'hébreu qui signifie : "couler comme un fleuve". Faut-il comprendre que de ceux qui regardent vers Dieu jaillissent des eaux vives (image de l'Esprit) ? Peut-être...

 

 -Attention pour les lecteurs de la TOB : au v 9, l'ordre des verbes est : "Goûtez (ou appréciez, savourez) et voyez" et non l'inverse !

 

 -Au v 18, l'hébreu dit "ils crient", sans préciser qui est ce "Ils" (alors que la Segond par ex. traduit : "les justes crient" : le texte ne le dit pas explicitement !).

 

Remarques d'ensemble :

 

 Ce psaume est un psaume alphabétique : en hébreu, chaque verset commence par chacune des lettres de l'alphabet, dans l'ordre. Le v 23 est en plus : nous avons souligné, que l'auteur du Ps. (ou un 2ème auteur) a voulu terminer sur une note positive. Nous avons noté que ce Ps. n'est pas une prière : on ne parle pas à Dieu, mais de Dieu. C'est : un témoignage

 

(ex. v5), une exhortation (ex. v 4, 10... ), un enseignement proche du style des Proverbes (v 12 à 15).

 

 Ainsi, il y a des passages en "je"-. je bénirai le Seigneur... (v2). à l'impératif : "Craignez le Seigneur" (v 10) et des passages déclaratifs : "L'ange du seigneur campe ... "(v 8) ou "Le juste a beaucoup de malheur" (v 20).

 

 Le titre (v 1) oriente vers une situation concrète, quand le roi David, en très mauvaise posture se tira d'affaire en feignant d'être fou (voir en I Samuel 21/10 ... ). Mais ce genre de titre a été rajouté pour rattacher le Ps à

 

l'autorité de David. Le Ps 34 par les problématiques abordées date sans doute d'après l'exil à Babylone (VI ème s av JC).

 

 

Commentaire-Partage :

 

 v 2-4 : Ce Psaume s'ouvre sur une déclaration enthousiaste à l'égard du Seigneur sous la forme d'un témoignage. C'est en même temps, dès le v 3, un appel à entrer, nous aussi, avec le psalmiste dans la joie et la reconnaissance vis-à-vis du Seigneur. Du "je" on passe vite à "ils" (les humbles) et à

 

l'appel adressé à tout auditeur avec l'impératif (v 4). Cela constitue la communauté de louange : "exaltons ensemble son nom" (v 4b). La joie de louer le Seigneur ne peut que se partager, elle tend à rassembler.

 Nous avons souligné la force de la confiance qui émane de ces mots, liés à une expérience concrète. Louer le Seigneur en tout temps, est-ce possible (temps de la souffrance, de l'épreuve...

 

 v 5-8 : Cette expérience concrète est évoquée au v5. Nous avons noté que la joie ne vient pas de la possession, mais de la recherche. C'est une démarche, une quête. L'expérience personnelle, toujours singulière, fonde cependant la certitude qu'il en est de même pour tout homme qui se confie au Seigneur aneur. Notez le passage de : "il m'a délivré" (v 5b) à "ceux qui ont regardé vers lui sont radieux." (v 6).

 

 Dans ces versets il est affirmé avec force et confiance que Dieu répond à ceux qui, faibles, malheureux, recherchent sa présence. Quelle est la réponse de Dieu ? Une délivrance "historique", dans l'existence du "pauvre", ou le don de la présence même de Dieu, qui fonde la joie et la confiance, ou les deux à la fois ? L'expérience personnelle, intime,4 semble-t-il, de la délivrance se dit avec les mots traditionnels pour décrire l'action du salut du Seigneur (Exode, prophètes ... ) : entendre, sauver, délivrer. L'ange du Seigneur, littéralement "le messager du Seigneur" renvoie lui aussi à la délivrance d'Egypte : il est la présence de Dieu parmi son peuple, pour le guider et le protéger. L'idée de la proximité de Dieu sauveur, apparaît ici : il campe, donc il entoure, protège et se fait "Dieu avec les siens".

 

 Le verbe craindre le Seigneur signifie un grand respect fondé sur l'amour avec aussi le sentiment de la grandeur sans mesure de Dieu, devant laquelle l'homme se sait aussi tout petit. Il implique une relation d'obéissance pratique.

 

 Le v 9 est central encadré par des mots décisifs :

 

 

v 5. chercher le Seigneur

  v 8 : craindre le Seigneur

  v 9 : goûter et voir la bonté du Seigneur.

  v 10 : craindre le Seigneur

 

 

v 11 : chercher le Seigneur.

La pensée hébraïque est très concrète : le sensible ("goûter") précède la vision. La présence du Seigneur ressentie, expérimentée dans le quotidien le plus terre à terre, débouche sur un "voir". Même ordre, pour les pèlerins d'Emmaüs (partage du pain, alors leurs yeux s'ouvrent : Le 24/30-31). Ce qui est expérimenté dans le vécu c'est la bonté du Seigneur. Il y a là un appel étonnant

 

à coûter Dieu comme un mets savoureux !

 

 v 10-11 : l'appel à suivre l'instruction du Seigneur se fonde sur l'affirmation de l'abondance qui est dans le Seigneur, contrastant avec le manque possible même pour les plus forts (les lions, antithèse de l'humble). Étonnant : il n'y a pas de manque... dans la recherche (qui est manque par définition) ! Chercher Dieu comble.

 

 v 12-15 : enseignement didactique dans le style des Prov. Thèse classique : le bonheur est dans l'obéissance à l'instruction du Seigneur. Priorité à la non médisance ! La paix, comme Dieu, est une quête permanente (v 15b).

 

 v 16-22 : une nouvelle catégorie apparaît " le juste"= pour l'AT celui qui observe fidèlement l'enseignement du Seigneur L'attention bienveillante du Seigneur lui est promise. En contraste, le Seigneur intervient activement contre ceux qui font le mal. Mais ces versets ne sont pas si simplistes qu'il y paraît à première lecture :

 

 -le scandale de la souffrance du juste, qui vient contester la thèse : obéissance fidèle = bonheur, est abordé : v 20, le juste a beaucoup de malheurs (Job). L'espérance dans la délivrance finale est cependant fortement affirmée : "chaque fois le S. le délivre". L'épreuve n'est pas radicale : l'intégrité essentielle de la personne est maintenue par le S. qui veille : les os ne sont pas broyés (même mot que pour les coeurs). Les os non broyés renvoient à

 

l'agneau pascal de l'Exode (Ex 12/46).

 

 -Qui sont les "ils" du v 18 ? Il semble que se soient les justes adressés par les malfaisants, mais peut-être peut-on aussi comprendre : les malfaisants repentis ("coeurs broyés" évoque le repentir par ex. Ps 51/19). Le coeur en hébreu est le siècle de la volonté et pas seulement des émotions.

 

 C'est le mal (v 22) qui mène le méchant à la mort (traduit parfois "malheur"). Il s'autodétruit. En revanche le v 23 rajouté affirme le rachat de tous ceux qui se réfugient sous la protection du Seigneur : nous y avons vu une belle annonce du salut par grâce !

 

Citations du Ps 34 dans le NT :

 

 Nous avons parlé de l'interprétation christologique. Les citations du NT nous ouvrent à cette lecture mais il est indispensable, aussi et d'abord, de voir le sens dans le contexte de l'AT.

 

 Voir 1 Pi 2/3 et 1 Pi 3/10-12 : passages exhortatifs ...pour nous !

 

  Jn 19/36 : à propos du Christ en croix dont les os ne sont pas brisés. La citation combine Ex 12/46 (l'agneau pascal) et Ps 34/21. Le Christ est ainsi désigné comme le juste par excellence, atteint par "beaucoup de malheurs" (cf. v 20) et la victime innocente qui rachète ainsi la vie de ceux qui se réfugient dans le Seigneur (cf. v 22-23). t Or, nous avions dit : qui peut se dire juste ? (cf. Ps 14/2-3et Rm 3/10) : Christ est le seul juste et juste souffrant qui rachète nos vies "injustes" !

 

Pasteur Françoise PUJOL

© 2011 Église réformée d'Albi
Psaume 34