Argument: Prophetie de Jesuchrist, en laquelle David chante d'entrée sa basse et honteuse dejection: puis l'exaltation et l'estendue de son royaulme jusques aux fins de la terre, et la perpetuelle durée d'icelluy. Pseaulme propre pour chanter à la passion du redempteur.
Mon Dieu, mon Dieu, pourquoy m'as tu laissé, Loing de secours, d'ennuy tant oppressé, Et long du cry, que je t'ay addressé En ma complaincte?
De jour, mon Dieu, je t'invocque sans faincte, Et toutesfoys ne respond ta voix saincte: De nuict aussi, et n'ay, de quoy estaincte Soit ma clameur.
Helas, tu es le Sainct, et la tremeur, Et d'Israel le resident bonheur, Là où t'a pleu que ton los, et honneur On chante, et prise.
Noz Peres ont leur fiance en toy mise, Leur confiance ilz ont sur toy assise: Et tu les as de captifz, en franchise Tousjours boutés.
A toy criants, d'ennuy furent ostés, Esperé ont en tes sainctes bontés, Et ont receu, sans estre reboutés, Ta grâce prompte.
Mais moy, je suis ung verm, qui rien ne monte, Et non plus homme, ains des hommes la honte: Et plus ne sers que de fable, et de compte Au peuple bas.
Chascun qui voit comme ainsi tu m'abas, De moy se mocque, et y prend ses esbas: Me font la mouë: et puis hault, et puis bas, Hochent la teste.
Puis vont disant: Il s'appuye, et s'arreste Du tout sur Dieu, et luy faict sa requeste: Donc qu'il le saulve, et que secours luy preste, S'il l'ayme tant.
Si m'as tu mys hors du ventre pourtant: Causes d'espoir tu me fus apportant: Des que j'estoys les mammelles tetant De ma nourrice.
Et qui plus est, sortant de la matrice, Me recueillit ta saincte Main tutrice, Et te monstras estre mon Dieu propice Des que fus né.
Ne te tien donc de moy si destourné: Car le peril m'a de pres adjourné: Et n'est aulcun par qui me soit donné Secours ne grâce.
Maint gros Taureau m'environne, et menace: Les gros Taureaux de Basan terre grasse, Pour m'assieger m'ont suivy à la trace En me pressant:
Et tout ainsi qu'ung Lyon ravissant, Apres la proye en fureur rugissant, Ilz ont ouvert dessus moy languissant Leur gueule gloute.
Las, ma vertu comme eau' s'escoule toute, N'ay os qui n'ayt la joincture dissoulte: Et comme cire en moy fond goutte à goutte Mon cueur fasché.
D'humeur je suis comme tuylle asseiché: Mon palais est à ma langue attaché: Tu m'as faict prest d'estre au tumbeau couché, Reduict en cendre.
Car circuy m'ont les chiens pour me prendre: La faulse trouppe est venue m'offendre, Venue elle est me transpercer, et fendre Mes piedz, et mains.
Compter je puis mes os du plus au moins: Ce que voyants les cruelz inhumains, Touts resjouys me jectent regards maints, Avec risée.
Jà ma despouille entre eulx ont divisée: Entre eulx desjà ma robbe deposée Ilz ont au sort hazardeux exposée, A qui l'aura.
Seigneur, ta main donc ne s'eslongnera: Ains par pitié secours me donnera: Et s'il te plaist, elle se hastera, Mon Dieu, ma force:
Saulve de glaive, et de mortelle estorce, Mon âme, helas, que de perdre on s'efforce: Delivre la, que du Chien ne soit morse, Chien enragé.
Du Leonin gosier encouragé Delivre moy: responds à l'affligé, Qui est par grands Licornes assiegé Des cornes d'elles.
Si compteray à mes freres fideles Ton Nom treshault: tes vertus immortelles Diray parmy les assemblées belles, Parlant ainsi:
Vous craignants Dieu, confessez le sans si: Filz de Jacob, exaltez sa Mercy: Crains le tousjours toy d'Israel aussi, La race entiere:
Car rebouté n'a l'humble en sa priere, Ne destourné de luy sa Face arriere: S'il a crié, sa bonté singuliere L'axaulcé.
Ainsi ton los par moy sera haulsé En grande trouppe: et mon voeu jà dressé Rendray, devant le bon peuple amassé, Qui te craint, Sire.
Là mangeront les paovres à suffire, Beneira Dieu, qui Dieu craint, et desire, O vous ceulx là, sans fin (je le puis dire) Voz cueurs vivront.
Cela pensant, touts se convertiront Les boutz du monde, et à Dieu serviront: Brief, toutes gens leurs genoulx fleschiront En ta presence.
Car ilz sçauront qu'à la divine essence Seulle appartient Regne, et magnificence: Dont sur les gens seras par excellence Roy conquerant.
Gras, et repeuz te viendront adorant: Voire le maigre à la fossé courant, Et dont la vie est hors de restaurant, Te donna gloire.
Puis leurs enfants à te servir, et croire S'enclineront: et en tout territoyre De filz en filz il sera faict memoyre Du Toutpuissant.
Tousjours viendra quelcun d'entre eulx yssant, Lequel au peuple à l'advenir naissant, Ira par tout ta bonté annonçant Sur moy notoyre.
Clément MAROT
Mélodie originale: Psautier de Genève,1542 Harmonisations: d'après Claude GOUDIMEL